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[CLÔTURÉ] Le repos des saisons • Libre

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Serpentard
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Jeu 15 Fév - 0:31
La semaine fut pluvieuse. Le temps s'était dégradé à mesure que la flotte leur était tombé sur la tête. La tiédeur de l'été avait laissé sa place à une fraîche brise automnale qui commençait à s'installer durement sur les collines du château. Les bourgeons s'étaient fanés et la canopée de la forêt interdite s'assombrissait de mornes couleurs. Pourtant, ce matin, Tiberius avait vu les rayons lointains du soleil percer l'opacité du lac à travers les vitraux, tandis que son corps peinait à retrouver sa motricité. A travers sa fenêtre, il vit un halo bleuté et rayonnant arroser les confins des eaux glacées qui submergeaient le dortoir. Il n'avait pas été réveillé. Sans doute, Ian et Billlie avaient leurs projets. Tiberius songea qu'ils étaient certainement parti chercher un endroit paisible dans l'école pour étudier. Leur formation moldue leur réclamait un temps monstrueux et Tiberius admirait leur persévérance. Lui-même se demandait comment pouvaient-ils avoir tant de patience et de détermination quand lui-même peinait à rester concentré plus de dix minutes en cours. Cette année fut bien pire. Tiberius préférait bien mieux s'entraîner à de nouveaux sortilèges inaccessibles pour des élèves de leur rang plutôt que de suivre docilement des enseignements qui lui étaient proposés gratuitement. Il se leva doucement et frotta sa main contre sa joue. Son visage encore endolori et les yeux collants, il observa les dortoirs un long moment. Il regarda l'heure et songea qu'il pouvait bien dormir encore peu. Il se rallongea.

La feuille dans sa bouche le gênait. Elle se décomposait entre ses dents et des morceaux se désagrégeaient sous sa langue. Ca avait un goût odieux et pervertissait tout ce qu'il mangeait. Il hésita un moment à la recracher. Il joua un peu avec dans sa bouche, les yeux fermés et hésitait. Cet entêtement était ridicule. Toutefois, il songea à tout ce qu'il avait déjà accompli. Peut-être pourrait-il profiter de son temps libre et de l'absence de ses amis pour travailler les sortilèges qu'il apprenait en autodidacte de son côté ? Cette idée lui plut. Il s'étira dans son lit, alla se doucher et se préparer tranquillement. Il consacrerait sa matinée à s'entraîner là où on ne viendrait pas le perturber. Peut-être que cette après-midi serait providentielle pour un peu d'étude.

***


Tiberius avait raté l'heure du repas. Il n'avait pas vu le temps passer et lorsqu'il commença à sentir la faim lui tirailler l'estomac, il fut trop tard. Il espérait secrètement rencontrer du monde, à midi. La solitude lui pesait lourd. Bien plus depuis qu'il était revenu à Poudlard. Tiberius s'était juré que rien ne changerait. Fidèle à lui-même. Mais il s'était aperçu que sa patience était bien moins proverbiale. Que ses colères étaient toujours plus violentes, agressives. Il s'en voulait, parfois. Aujourd'hui, il découvrait que le silence morne de quatre murs qui l'apaisait tant les années précédentes lui était devenu presque insupportable. Il retourna tranquillement dans la salle commune récupérer quelques bouquins. L'un d'eux avait absorbé tout son intérêt. L'auteur était un mage polémique. Un sorcier qu'on définissait de noir pour son penchant vers les versants sinistres de la magie. Pourtant, ce dernier se déclarait comme un chercheur. Un sorcier curieux dont le tabou pour les maléfices dans la société l'avait poussé à chercher la vérité aux tréfonds des plus anciennes kabbales. Tiberius s'était reconnu dans sa façon d'aborder la magie noire. Comment l'utiliser à bon escient. Discerner le mal du bien. Définir tous ces concepts un peu pompeux que personne ne comprenait vraiment. La Théorie du Mal était un exemplaire relativement rare qu'on ne trouvait plus que dans les vieilles bibliothèques d'Angleterre. Poudlard possédait une bibliothèque vieille comme le monde et c'est au fond d'une pile de livres poussiéreux que Tiberius fut attiré par l'ouvrage. La couverture était d'un cuir délavé et sale. Certaines des pages jaunies commençaient à se détacher de la reliure. Tiberius avait grande difficulté à lire les petits caractères entourant de grandes formes occultes. Les tournures de l'auteur étaient toujours alambiquées et il était nécessaire de relire plusieurs fois les même phrases pour en comprendre le sens profond. Chaque nouveau paragraphe était une mine de secrets que seul un initié pouvait parfaitement connaître. Tiberius aimait sentir la grandeur du sorcier à travers ses propos cachés de symbolismes forts. Il ne le quitta plus. Austin Osman était un de ces mages qui étaient entrés dans le grand panthéon des modèles de Tiberius. Au même titre qu'Eliphas Levi ou Madame Blavatsky.

Avant de parfaitement remonter des sous-sols, Tiberius passa tout de même par les cuisines. L'accueil chaleureux et quelque peu envahissant des elfes le laissa dubitatif. Il prit une nouvelle ou deux puis quitta bien vite la pièce avec un morceau de tarte coincé entre les mains. Adossé à la porte, il soupira comme s'il venait d'échapper à un ouragan. Mais observant la denrée qu'il avait réussi à piquer, il se considéra chanceux. A petits pas, il se traîna vers le cloître intérieur de la cour du château. Les pelouses étaient rayonnantes de verdure. La pluie de ces derniers jours faisait luire le gazon d'une lumière douce et reposante. Quelques élèves étaient installés à discuter. Leurs conversations étaient calmes et certains chuchotaient à bas mot. Un vent agréable soufflait légèrement dans leur cheveux. Le cadre lui paraissait parfait. Il grimpa sur le large rebord du muret et adossa son dos à une colonne, allongé le long de la paroi. Le soleil lui chatouillait à peine l'oreille gauche. Il reprit alors tranquillement sa lecture tandis que des élèves passaient à son bord, ne lui adressant qu'un regard indifférent.


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Ven 16 Fév - 1:15
Margaret passa sa main sur le devant de sa chemise d’uniforme pour en secouer les dernières miettes jusqu’à ce qu’elle retrouve son blanc immaculé, puis rajusta d’un geste sa cravate rayée. Voilà, elle était à nouveau présentable. S’arrêtant un instant, elle se tordit le cou vers l’arrière : non, a priori elle n’avait pas de tâches d’herbe sur les fesses, ni sur les mollets d’ailleurs. Elle reprit donc son chemin, lissant sans s’en apercevoir les plis de sa jupe dans un dernier geste machinal. Elle venait de pique-niquer avec sa sœur sur les bords du Lac Noir, profitant d’un jour d’accalmie après une semaine d’averse, et le sol avait été légèrement boueux. Forcément, puisque l’on était en Ecosse ! pensa-t-elle avec un brin de dédain. Ici, une fois que la météo se décidait à pleuvoir, ils avaient droit à du crachin pendant des jours. En Irlande, c’était différent. Les averses, parfois violentes, duraient dix minutes avant de laisser de nouveau place à un soleil radieux, à défaut d’être souvent chaud. Mais enfin, ça ne servait à rien de ressasser. Elle ferait aussi bien de se réhabituer au temps de Poudlard, comme à tout le reste.

Cat, elle, semblait déjà s’y trouver comme un poisson dans l’eau… en apparence. Meg connaissait trop bien sa sœur pour ne pas percevoir qu’un léger malaise persistait chez l’adolescente, mais elle n’avait pas réussi à lui tirer les vers du nez au cours du repas. Elle allait devoir garder un œil discret sur sa cadette, et vérifiait que la situation n’empirait pas. Ca n’était probablement rien. Tout le monde faisait plus ou moins semblant que la guerre n’avait jamais eu lieu l’année précédente, et Catriona n’était pas la seule à être légèrement déstabilisée par ce brusque retour à la normalité. La Serdaigle était dans tous les cas ravie qu’elles aient renoué avec leur tradition de repas hebdomadaire. Sa petite sœur était bien trop occupée au quotidien avec ses amis pour lui accorder beaucoup de temps mais les deux filles faisaient un effort pour passer au moins un déjeuner par semaine toutes les deux. Le jour était variable. Le lieu aussi. Pour échapper au sentiment d’être étrangère à la table de l’autre, il n’était pas rare qu’elles emportent de quoi pique-niquer, dehors lorsque le temps le permettait, ou dans une salle de classe momentanément vide. Ces moments leur avaient été d’un grand réconfort l’année précédente. Aujourd’hui cependant, le ton était resté léger. Cat lui avait raconté avec moult détails amusants son tout premier cours de Divination. Meg ne trouvait pas la matière très sérieuse, et s’étonnait du choix de sa sœur mais apparemment, c’était « à la mode ». Une quelconque rumeur comme quoi les cours de Divination d’Harry Potter lui auraient permis de vaincre Voldemort. Margaret en doutait fortement, loin de connaître l’existence d’aucune prophétie, mais si ça amusait sa sœur… Un peu de légèreté ne lui ferait pas de mal par ces temps-ci.

Elle-même en aurait volontiers pris une dose. Elle se sentait déjà abrutie par la quantité de travail reçue, et éprouvait un étrange manque d’ardeur à s’y atteler. Le soir, assise au milieu d’autres aiglons studieux dans leur salle commune, elle fixait ses livres avec le désir de les lire et de retenir ce que ses yeux brassaient mais l’élan pour se concentrer et rentrer dedans lui manquait. Elle avait passé la veille au soir à perdre son temps dans un ouvrage emprunté à la bibliothèque plutôt que dans ses manuels, par exemple. Elle avait voulu se renseigner un peu plus sur les fameuses « couveuses » évoquées deux jours auparavant par le professeur Moon, et quoi qu’elle eût au final trouvé l’histoire de leur découverte par les Moldus fascinante, elle peinait toujours à leur trouver un avantage comparatif sur un Calor lancé sur un berceau. Son esprit dérivant, elle s’était rejoué la scène de chaos du cours en entier. Ce n’était qu’alors qu’elle avait réalisé l’injustice qu’avait commis Miss Moon en qualifiant d’« impolitesse » le retard de Billie avant d’excuser celui de Jonathan. Jon avait eu un mot d’excuse, mais il avait été beaucoup moins discret en entrant que son amie. Elle était un peu déstabilisée que la professeure ne soit pas aussi parfaite que sa position l’exigeait, mais continuait de penser que tout se serait mieux terminé si chacun avait respecté la plus élémentaire des politesses. Elle n’avait pas très hâte d’être au lundi suivant. Est-ce qu’il y avait une malédiction concernant les potions ? D’abord Rogue, et maintenant ça. Dans de telles conditions, elle n’aurait jamais son BUSE dans la matière…

Mais le temps actuel n’était pas à la rêverie. Meg venait donc de quitter le Lac, et d’achever un détour par la bibliothèque pour rendre le livre sur la néonatalogie moldue (elle savoura intérieurement une dernière fois l’allitération). Elle avait encore une grande heure devant elle avant la reprise de ses cours, et cette fois-ci, elle comptait l’employer utilement. Il fallait qu’elle avance dans sa version de runes. Ses pas ralentirent toutefois légèrement tandis qu’elle traversait le cloître, sensible à l’agréable brise et soucieuse d’en profiter un maximum avant d’aller s’enfermer avec son Syllabaire Lunerousse.

Elle failli le louper, à demi dans l’ombre d’une colonnade qu’il était. Tiberius Avery était plongé dans la lecture de ce qui ne semblait pas être un manuel scolaire, l’air concentré et serein. Les pas de Meg ralentirent encore alors qu’elle s’approchait de lui, et elle finit par s’arrêter à deux mètres du Serpentard. Devait-elle l’interrompre ? Elle pinça les lèvres, indécise. En temps normal, elle ne l’aurait probablement pas fait, ayant trop peur de déranger. Mais… Mais elle n’avait pas aimé le regard qu’il lui avait lancé deux jours auparavant, en quittant le fameux cours de potion. Comme s’il avait été déçu d’elle. Sa fierté d’abord piquée au vif, elle avait mis du temps à réaliser qu’elle était réellement blessée par ce manque d’estime apparent. Elle ne savait pas trop pourquoi elle accordait une telle importance à l’opinion qu’il pouvait avoir d’elle, mais force était de constater que c’était le cas.

« Tiberius… » amorça-t-elle de cette voix questionnante qu’elle prenait pour interrompre deux adultes en pleine conversation.

« Tu vas bien ? »

La question la surpris elle-même, tandis que son regard glissait par réflexe vers ses mains tenant le grimoire. Blanches. Normales. Evidemment. Ce genre de retenue-là n’aurait plus jamais cours dans l’école, désormais, mais elle ne pouvait pas s’empêcher de ressentir une vague angoisse en sachant que Tiberius avait été collé. Peu importait qu’il ait été en tort ou non. Elle le scanna de la tête aux pieds sous ses cils pour se rassurer. Il n’aurait pas été assis comme ça s’il avait passé la soirée de la veille à recevoir des Doloris.
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Ven 16 Fév - 3:58
L'entrée en matière fut laborieuse. Les premiers mots étaient difficiles à saisir. Quelques phrases finirent par percuter son esprit en images et sensations d'avantage qu'en théories fumeuses. Après quelques longues minutes à déchiffrer l'implicite de l'auteur, Tiberius tomba parfaitement dans sa lecture, comme on plonge dans le terrier du lapin blanc. Très vite, ses camarades s'évanouirent. Son environnement n'était plus que le lointain souvenir d'un rêvé passé. Les lignes devinrent les paroles d'évangile d'un sorcier abîmé par une lucidité supérieure. Comme l'on écoute le récit d'un vieux conteur. Il se laissa glisser dans les mots et les runes et ne devint qu'un fantôme parmi les mortels. Chaque page tournée était un brusque retour à la réalité qu'il chassait d'un geste las de la main sur la pulpe du papier.

Les muscles détendus, sa mâchoire était endolorie d'une étrange sensation. Ses paupières battaient lentement comme s'il fut tombé dans un état d'inconscience. Ses yeux lui semblaient lourds et chauds. Presque brûlants. Son prénom s'évapora dans l'air et ne percuta pas immédiatement son esprit. Il termina une ligne. La relu. Puis releva les yeux, reconnaissant à peine les élocutions légères et fluettes d'une vieille amie qu'il avait pourtant longuement fréquenté.

Elle avait encore cet air tristement absent comme si elle sortait des funérailles d'une personne qu'elle avait à peine connu. Le regard dans le vague et une espèce de culpabilité fuyante. Meg était une sorcière jolie et d'une précieuse noblesse en dépit de ce qu'en disaient les vieux réactionnaires sorciers. Les Bride avaient toujours su s'imposer avec panache là où certains se scandalisaient encore de ne pas apparaître sur un vieux registre poussiéreux. Tiberius ne doutait pas de la force de sa petite Maggie. Une force discrète. Quelque peu en arrière mais bien présente. Il était étonnant que Margareth ait toujours continué à considérer Tiberius malgré l'implication tacite et pourtant murmurée de la collaboration de sa famille dans certaines affaires Mangemortes. L'évocation de Tiberius Avery était presque devenue interdite dans ces milieux-là. Sans doute, l'aîné des Avery continuait à sourire tendrement à cette espèce de petite cousine adoptive parce qu'il la pensait trop naïve pour parfaitement comprendre les enjeux de cette guerre qui, dans le cœur de Tiberius, faisait toujours rage entre les luttes de caste.

Pourtant, si Tiberius n'aurait guère fait attention à elle lors du cours du potion, mêlée dans la passivité générale de la classe, il restait perturbé par leur bref échange muet. Il eut la sensation nouvelle qu'elle pouvait comprendre. Que l'évidence pouvait la percuter. A la place, il se sentit insulté. Margareth Bride n'était plus inactive – comme il semblait toujours l'avoir connu. Elle ne se contentait plus d'appliquer des protocoles d'étiquette que l'on collait sur le front des enfants de vieilles familles. Elle avait pris un parti. L'étincelle de la réflexion. Une espèce de lueur dans ses yeux. Quelque chose s'était éclairé et son regard avait pris des couleurs qu'il n'avait jamais connu. Comme si un an d'absence aurait pu la transformer. Une guerre. La claque avait été violente. Son cœur s'était serré. Sa mâchoire s'était crispé tant qu'il en salivait encore.

Tiberius la toisa un brin. Si le mal était fait, si la crise était passée et qu'il n'en gardait guère beaucoup de rancœur, il se sentait déçu. Sans doute pas par Meg qui avait été fidèle à elle-même. Mais peut-être par lui-même qui avait imaginé qu'elle suivrait des exemples sans doute moins sages mais peut-être plus frappants. Beaucoup de choses passèrent à l'esprit du garçon. Beaucoup d'arguments, de scandales, d'injustices. Il s'imaginait la secouer par les épaules en hurlant de se réveiller. Il s'imaginait devoir se justifier. Pire. Débattre avec cette fille dont il vouait une affection discrète mais s'en sentait si loin alors que leur enfance avait été baigné par le même soleil blafard. Son cœur battait fort mais son visage resta impassible de dédain. Seules ses pupilles se rétractaient comme si elles désiraient se défendre du jugement.

« Margaret... » Répondit-il, parfaitement conscient que l'évocation de son nom lui arracherait une crispation désagréable. « Très bien, merci. Et toi ? Tes affaires vont bien ? Tes cours se passent pour le mieux ? » Sa voix était soupirante et lasse. Nasillarde, presque moqueuse.

Après l'avoir jaugé un long regard en biais, il sourit sans peine, d'une demi-lèvre à peine enthousiaste. Son regard glissa de nouveau sur son livre et il fit semblant de continuer paisiblement sa lecture, s'embarrassant même de tourner une page qu'il n'avait pas fini de lire. Il se sentait ridicule mais se sentirait bien plus ridicule encore de lui accorder d'avantage d'intérêt. Bien qu'il en crevait d'envie.

Il en crevait assez pour oser tourner un œil discret vers elle sans prendre la peine de tourner la tête. Comme elle regardait son livre d'un œil soucieux, lui semblait-il, et qu'il n'eut guère envie de justifier ses lectures controverses, il referma d'un geste sec son ouvrage.

« Un soucis ? » L'agressa-t-il comme si elle venait de se moquer de lui. Tiberius s'en voulu immédiatement mais sa fierté l'empêchait bien d'en montrer le moindre regret. Il arqua un sourcil triomphant et inquisiteur. Le menton relevé et l'attitude désinvolte.


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Ven 16 Fév - 13:24
Etait-il si absorbé dans sa lecture qu’il ne l’avait pas entendue, ou bien faisait-il exprès de l’ignorer ? Avec Tiberius, les deux scénarios étaient possibles. Elle attendit donc sans s’émouvoir qu’il réagisse. Elle ne pensait pas qu’il l’ignorerait sciemment pendant trop longtemps. Elle le connaissait depuis trop d’années pour ne pas savoir que la manière dont il traitait les gens en apparence reflétait rarement l’entièreté de sa pensée. Ce qui ne signifiait pas pour autant qu’elle arrivait à le déchiffrer, loin de là. La manière dont il la traitait la désarçonnait une fois sur deux. Mais ce savoir lui donnait la patience nécessaire pour attendre que son bon vouloir se manifeste.

Lorsqu’il daigna enfin redresser la tête, elle se rapprocha, refermant la distance qui les séparait, sortant du léger flot de circulation sous les arcades. Qu’on la voie en compagnie de l’aîné des Avery n’avait que peu d’importance. Les Serdaigles trouvaient souvent qu’elle fréquentait trop les Serpentards (comment aurait-il pu en être autrement, quand sa propre sœur en faisait pourtant partie ?), les Serpentards voyaient sa couleur d’uniforme d’un mauvais œil lorsqu’elle se trouvait dans les sous-sols. Les Bride étaient sortis de la guerre la tête haute, et toujours aussi riches, cela faisait forcément grincer des dents. Certains disaient leur position ambiguë et leur loyauté peu claire, bien que la liste de leurs fréquentations se soit considérablement réduite. Elle détestait se sentir la cible des regards peu amènes, mépris ou jalousie plus que haine, et se faisait généralement discrète dans toutes les situations publiques, mais elle ne pouvait pas non plus s’empêcher de circuler… ou de parler à un ami.

Dans le bref silence s’étant installé pendant que Tiberius la jaugeait, son ignorance de ses activités de l’an passé la frappa soudain. Qu’avait-il fait, pendant ces longs mois loin de Poudlard ? Quelles horreurs avait-il pu bien voir ? En quittant Poudlard prématurément, il s’était donné un statut de clandestin, et elle avait la certitude absolue que ça n’avait pas été pour se mettre sous les ordres de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Merlin. S’était-il retrouvé face à des membres de sa propre famille ? Elle ne pouvait pas plus imaginer ses terribles aventures que se le représenter inactif, terré dans un coin. Ca n’était pas son genre. L’ombre d’un sourire traversa son visage. Lui non plus ne savait rien de son année passée à elle, finalement. Probablement ne l’aurait-il pas crue capable de ce qu’elle avait accompli à sa petite échelle. Elle-même n’était même pas certaine de savoir où elle avait trouvé cette force face à l’adversité, mais savoir qu’elle avait bien agit, la majorité du temps, et ne s’était pas trahie, lui demeurait une joie secrète, les jours où elle arrivait à ne pas se reprocher de n'avoir pas fait plus.

« Margaret ». Ses traits accusèrent le coup, car s’en était un. Pourquoi tant de distance soudaine ? Avait-il jugé, à la lueur de leur éloignement, qu’elle ne valait plus la peine d’être fréquentée ? Elle laissa le doute et la peine transparaître sur son visage sans avoir l’idée de lui faire la grâce de les camoufler par l’air neutre réservé aux mondanités. Pas avec lui, elle ne l’avait jamais fait. Enfants, il ne lui avait jamais permis de se laisser glisser dans l’indifférence timide et polie qu’on lui avait appris à offrir au monde, cherchant toujours plus que son amabilité plaisante et tiède. Pourquoi lui en aurait-elle fait cadeau aujourd’hui ? Ce n’était même pas un choix conscient. Elle ne savait pas porter de masque en sa présence.

« Comme tout le monde… bien. Tout est calme. » L’ironie dans ses derniers mots était légère, voire introuvable pour qui ne s’attendait pas à la trouver là. Elle était fatiguée de cette grande comédie où tout le monde faisait semblant que la guerre n’avait jamais eu lieu, mais elle était la première à y participer, ne sachant comment faire autrement.

Elle ne chercha donc aucunement à camoufler son léger malaise, même si cela lui en coûtait de laisser transparaître l’influence qu’il pouvait avoir sur elle. La question n’était pas de savoir si elle allait vraiment bien. Lorsqu’il parlait de ses affaires, il la renvoyait à son statut de bonne fille des Bride. Elle eut un léger haussement d’épaule pour ponctuer ses paroles, expression réprimée de son indifférence. C’était vrai, elle était l’aînée de commerçants de luxe, et une grande partie de sa vie tournait autour de ce commerce. C’était ce qu’elle était, tout comme elle était une Serdaigle qui essayait d’apprendre en cours et d’avoir de bonnes notes. Elle ne trouvait pas ça aberrant. La guerre lui avait montré qu’elle avait le potentiel d’être plus, perspective excitante et secrète qu’elle apprivoisait encore, mais elle n’avait pas honte de ce qu’elle était initialement.

Et voilà que Tiberius faisait semblant de lire. Elle hésita à s’éloigner, partagée entre la peine et l’irritation, pour finalement rester campée où elle était. Il pouvait bien se montrer désagréable avec l’une des rares personnes lui adressant encore la parole à Poudlard, et qui le connaissait depuis le plus longtemps. Ca ne changeait rien à son inquiétude initiale. Elle exhala doucement tandis qu’il fermait enfin son livre, sèchement, comme s’il l’avait surprise à lire par-dessus son épaule.

« Ce n’est pas ma place de juger ce que tu lis. » Et elle s’y connaissait en place à tenir. « Je voulais simplement savoir si tu allais bien, après ce qui s’est passé en classe lundi et ta retenue d’hier. »

« Après l’année dernière. » Le sous-entendu flotta sur sa voix calme aux échos de sollicitude anxieuse. Tandis que relevant enfin les yeux, elle cherchait sur son visage quelque indice sur la vérité de ses pensées, l’index et le majeur de sa main droite se croisèrent machinalement dans un geste enfantin. Pourvu qu’elle ait de la chance et qu’il ne la rejette pas à grands coups de sarcasme.
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Dim 18 Fév - 1:56
Il avait haussé des sourcils, un souffle amusé mais néanmoins amer s'était échappé de sa gorge.

Comme tout le monde... bien. Tout est calme.

Tiberius avait eu ce petit moment de doute. Une perplexité étrange qui définissait ces moments de tension lorsqu'un quiproquo était capable de faire exploser une amitié. Mais il ne se posa pas d'avantage la question de savoir s'il s'agissait d'une acerbe remarque ou d'un évident et triste constat, soufflé avec un peu de lassitude. Il eut l'impression, une seconde, qu'elle en serait presque attristé. Ou déçue. Tiberius en était déçu. Profondément. Il avait beaucoup hésité à retourner à Poudlard. Ou plutôt... Une fois qu'il avait instinctivement repris les bancs de l'école, comme on pose son cul sur une chaise après un dur labeur, il s'était demandé ce qu'il foutait là. Un rapide coup d’œil autour de lui avait fait émerger un doute en lui. Avait soulevé des problèmes sous-jacents à la guerre qui avait précédé les vacances. Tiberius avait eu un regard étrange sur cet univers-là. Soudainement fasciné par une routine que plus personne n'osait questionner. Comme le philosophe qui s'étonne du commun, Tiberius avait soumis son attention à ces petits détails qu'il avait autrefois raillé gentiment avec plus d'intérêt. Et s'était demandé si tous ces détails n'avaient pas été le germe qui avait fait pousser le fruit pourri de la haine et de la peur.

Après ce cours de potion et après avoir daigné porté une attention toute particulière à tout cela, il avait une profonde sensation de malaise, comme s'il s'était trahi lui-même. Et comme si retourner à Poudlard avait été une erreur. Tiberius se sentait mal à l'aise et se consolait. Il se mentait à lui-même et s'assurait qu'il n'y était peut-être retourné que pour ses amis. Oui. Sans doute n'était-ce que pour ça. Car sans s'y attarder vraiment de crainte d'être happé par son petit nombril, Tiberius grimaçait toujours d'une bizarre douleur quand il songeait à sa famille et à ce qu'il avait raté en refusant leur héritage. De temps en temps, quand sa mère lui envoyait ces lettres secrètes pour lui demander comment il allait, lui annoncer qu'elle avait remis de l'argent sur son compte ou qu'elle accepterait de lui pardonner s'il revenait, il était pris d'une terrible hésitation de lui répondre. Finalement, il entassait ce monticule de papelards ridicules dans un coin de ses affaires sans oser les montrer aux Persson, de peur qu'ils ne le prennent pour un faible et ne le poussent à brûler tout ça. Ce qu'il aurait sans doute dû faire, s'il devait être parfaitement honnête envers lui-même et ses principes.

Comme tout le monde... bien. Tout est calme.

Tiberius pouvait songer des heures à cette phrase. Il admirait ce talent que les Serdaigles avaient pour toucher aussi justement et précisément ce que lui n'aurait pu expliquer qu'en grandes tirades vaniteuses. Il repensa aux paroles inspirées d'Aslinn au cours de potion. Au répondant loquace et pourtant bref d'Elizabeth. Si une pensée trahissait les paroles de Meg, Tiberius aurait sans doute pu l'admirer pour des siècles. Mais son petit air de chien battu qui lui donnait tant envie de la frapper lui assurait qu'elle ne savait sans doute pas de quoi elle parlait.

Feinter la lecture était difficile. La présence de Meg faisait remonter en lui beaucoup de souvenirs. Beaucoup d'émotions. Elle était devenue, à force de temps et de secrets communs, la gardienne de son mystère. Elle était calme. D'une douceur paisible qui muait ses reproches les plus désagréables en fines remarques intelligentes et assez percutantes pour que Tiberius ne pusse faire autrement qu'y réfléchir avec sérieux. Souvent ça l'agaçait assez pour qu'il se force à dissimuler son mal. Mais il était commun qu'il accepte de l'écouter d'une oreille distraite et applique ses pensées aux siennes lorsqu'elle eut le dos tourné. Il avait beaucoup de mal à accepter qu'elle pusse avoir raison de lui et de sa ténacité.

Alors qu'il la dardait d'un œil impérieux mais cependant absent de rancœur, elle le remit à sa place. Sans doute sans qu'elle ne s'en rende compte. Elle désirait certainement le mettre à son aise mais Tiberius y décela le ridicule dans lequel il se mettait, lui et son agressivité gratuite. Et il se sentit idiot d'avoir eu tant à craindre de ses jugements. Comme il s'était senti comme un fou hystérique lorsqu'il échangea un regard avec elle en cours de potion. Heureusement, ses amis l'avaient vite aidé à consoler son ego. Mais, ici, ses amis n'étaient pas là. Il se contenta de hausser les épaules. Il se redressa légèrement et plia les genoux pour y poser ses coudes. Le soleil arrivait désormais jusqu'à sa tempe et réchauffait son sang. Un long frisson le parcouru sans qu'il ne réagisse plus.

Tiberius la fixa d'un air perplexe. Plissa légèrement les yeux et fronça les sourcils, penchant imperceptiblement la tête sur le côté. Tiberius entendu un sous-texte se glisser parmi ses mots et ne le trouvait pas. Il cherchait dans son regard un indice qu'il aurait pu attraper au vol pendant une seconde mais il ne trouva guère. Il trouvait cela étrange qu'elle lui pose une telle question. Tout du moins, dans de telles circonstances. Meg devait avoir beaucoup plus d'interrogations à son propos, sans doute. Elle fréquentait encore les milieux mondains où tout se savait sous les froufrous décomplexés d'une aristocratie malsaine. Il se demanda ce qu'elle avait pu entendre à son propos. Et ce qu'elle avait pu décider concernant leur amitié. Peut-être, ce soucis soudain pour son temps scolaire devait être une façon pour elle d'entendre que rien ne changerait entre eux ? Tout du moins, qu'elle n'y accorderait guère d'avantage de crédit. Quelque chose dans ces eaux. Ou peut-être était-elle réellement préoccupée par sa retenue ? Ou par quelque chose de plus fort encore. Tiberius se posait peu la question de ce qu'elle avait fait, l'année précédente. Il devinait le cauchemar qu'elle avait subi. L'angoisse du quotidien. La terreur de ses enseignants. Tiberius avait connu un autre genre d'anxiété. Il ignorait ce Poudlard-là. Ce Poudlard qui avait changé beaucoup d'élèves. Et emporté d'autres qu'il ne reverrait plus. Il songea qu'aux prochaines réunions de l'Académie, il sera bon de dresser une liste des victimes. Une mémoire, un silence respectueux. Quelque chose.

Bien. Tout est calme.

Si calme.

Tiberius pris brusquement une attitude théâtrale et cabotine. Leva les yeux en l'air en rehaussant ses épaules. Mimant une profonde réflexion.

« Ma retenue... ? » Puis, comme d'une banale évidence, il ajouta d'un souffle las, jetant sa main en l'air : « Oh, oui. Je n'y suis pas allé. J'avais bien mieux à faire de ma soirée. »

Il voulu ajouter quelque chose. Mais la fixant ainsi, il se demanda s'il était bien intelligent d'amorcer ce genre de débat. Pourtant, si Tiberius ne se demandait pas ce qu'elle avait fait l'an dernier, s'il ne désirait guère la pousser à se confier à lui, s'il gardait son indifférence face aux dures épreuves de Meg, il était désormais curieux de la savoir politisée. Il n'avait jamais vu en elle qu'une vitrine désirable des Bride. Une image d'élégance et de convoitise pour une famille qui avait toujours sut jouer habilement face aux instants de crise. Le commerce Bride semblait inviolable et leur première fille était la digne représentante de cette image de lumière inaltérable. Seulement une image. Pour une fois depuis très longtemps, Tiberius songea que Meg était bien plus qu'une image. Mais il n'osait pas entrer dans le vif du sujet et s'ouvrir parfaitement. Il avait l'impression de ne pas la connaître, à présent que cette question lui brûlait les lèvres. C'était un abîme terrifiant qui lui faisait tourner la tête.

Il se pencha légèrement en avant, croisant les bras sur ses genoux et la sonda en profondeur. Son visage affichait son impassibilité nonchalante habituelle.

« Et toi... ? Comment tu vas ? » Cette fois-ci, la question sonnait juste et concernée. Tiberius, dans son éternelle attitude de dédain, l'observait dans ses mouvements les plus discrets. Les positions de ses mains, les expressions passagères qui traversaient son visage comme une ombre. Un haussement de sourcil. Une fossette fugace qui apparaît. Un regard qui tombe brusquement.


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Dim 18 Fév - 12:57
Comment aurait-elle pu se douter qu’au fond, leurs ressentis sur cette rentrée se rejoignaient parfois ? Margaret avait semblé glisser sur les évènements dans une indifférence sereine, et était incapable de se défaire de cette attitude aujourd’hui. Elle avait agi ainsi toute sa vie et ne savait pas faire autrement, même si l’année précédente lui avait appris à exploiter ce trait de son caractère à son avantage. Sa politesse guindée était devenue un moyen de survie, et une couverture solide derrière laquelle cacher ses intentions plus profondes, aussi. Si elle-même apprenait encore à la percer, comment aurait-elle pu s’attendre à ce que d’autres comme Tiberius le fassent ?

Le Serpentard venait de se redresser en frissonnant. Quels souvenirs désagréables pouvaient bien le hanter ? Est-ce que c’était son livre ? Meg voyait bien qu’il s’agissait d’une vieille chose pas très nette, et la moitié des runes qu’elle pouvait distinguer sur la couverture lui étaient inconnues mais clairement l’ouvrage n’était ici qu’un prétexte. Elle regrettait de n’en savoir pas plus sur ce qu’il s’était passé pour lui l’année précédente. Elle sentait, confusément, que des choses en lui avaient changé, que des plaies peut-être étaient encore ouvertes, mais elle n’y avait pas accès. Tiberius Avery était un mystère comme on en trouvait rarement dans son milieu social. Lors des soirées mondaines, des discussions d’affaire, des thés et des lettres, des sous-entendus et des rumeurs se glissaient toujours, messages codés dans des bouquets de fleurs et allusions chuchotées, sur le sort d’un tel ou d’un autre. Les vieilles familles sorcières n’avaient quasiment pas de secrets entre elles. Les informations finissaient toujours par percer et circuler. Elles étaient souvent déformées, mais la capacité des commères pour faire sortir les squelettes des placards du voisinage avec une cruauté chirurgicale n’était plus à prouver. C’était une question de distraction mais aussi de survie, dans un monde trop étriqué où l’image des uns était irrémédiablement liée à la fortune des autres. De part leur commerce, et le manque de consanguinité dans leur propre arbre généalogique, les Bride avaient accès à de plus vastes horizons, mais ce réseau leur appartenait tout de même. Et les bruits qui y circulaient sur Tiberius…

Lorsqu’elle était encore enfant et qu’il venait de couper les ponts avec sa famille, elle les avait crus, ces bruits, et ils lui avaient fait peur. Et puis, il y avait eu le petit miracle de son amitié avec Billie Persson, et le retour de Tiberius dans sa vie. Depuis lors, Meg n’avait pas prêté une seule attention aux rumeurs le concernant dans les cercles huppés. Rien de ce qu’elle n’avait pu entendre ne collait à la réalité qu’elle connaissait. Il avait ce don, si rare dans leur milieu, à exister en-dehors même du système. C’était une capacité déroutante, mais elle ne pouvait s’empêcher de l’admirer pour ça. A ses yeux, il avait créé sa propre place et le seul moyen de le connaître vraiment était donc de l’avoir en face de soi.  

Il la fixait, et elle se sentit comme une enfant malade examinée par le Médicomage, comme s’il cherchait quelque chose en elle sans le trouver. Quoi ? Elle lui rendit son regard avec une pointe d’angoisse à l’idée qu’il trouve quelque chose qui le décevrait. De déception à l’idée qu’il ait tant à chercher, aussi. La complicité qu’ils avaient pu avoir enfants lui manquait. Auprès de lui, elle avait eu réellement son âge malgré le décorum les entourant. Lui aussi avait été l’aîné d’une ancienne famille, avait su dès la naissance que ce rôle impliquait des responsabilités et des sacrifices dont on n’avait pas le droit de se plaindre. Elle avait été son miroir alors, et lui le sien, son déversoir pour ces morceaux de frustration qu’aucune bonne éducation ne pouvait arracher à leur spontanéité enfantine. Ce temps-là était depuis très longtemps révolu, et trop de choses s’étaient passées pour qu’ils ne puissent jamais le retrouver. Mais elle en gardait la sensation fugace qu’il ferait en quelque sorte toujours partie de sa famille.

Elle ne pu s’empêcher d’avoir un léger sourire devant son attitude théâtrale pour lui annoncer qu’il n’avait pas été en retenue. Une seconde auparavant, elle se préparait à recevoir une pique, et voilà qu’il l’attendrissait presque. Elle s’agaça intérieurement de sa capacité à souffler le chaud et le froid sur elle, et décroisa les doigts. Ce qui comptait était qu’il ne l’ait pas rejetée. Elle posa une main légère sur son genou, soulagée à plus d’un titre.

« Tant mieux !»

Pour la deuxième fois depuis leur début de conversation, ses mots lui avaient échappé. Elle se sentit devenir écarlate, et retira sa main. Etre tactile comme ça n’était pas dans ses habitudes, mais elle avait sincèrement été inquiète pour lui, aussi irrationnel que ce soit.

« Je veux dire, tu n’aurais pas dû être aussi insolent, même si le professeur Moon a eu tort de parler de la Corée du Nord comme ça. Mais je suis contente que tu ne sois pas allé en retenue. Je me demande à quoi ça ressemble, d’ailleurs, une heure de retenue normale. »

Elle n’approuvait pas sa manière de jeter avec une nonchalance apparente le règlement, et elle redoutait que sa petite rébellion n’ait des conséquences plus graves pour lui à l’avenir. Mais pour l’instant… Pour l’instant il était en sécurité, et elle, pas encore prête à affronter l’idée que quiconque se fasse à nouveau punir dans cette école. D’un air absent, Meg se gratta la main qu’Ombrage avait violentée trois ans auparavant. « Je ne lirai plus de littérature hybride. » s’y était depuis longtemps effacé, et son souvenir même remplacé par d’autres, plus arbitraires et douloureux encore.

Un léger sourire penaud aux lèvres, elle vint finalement s’asseoir face à lui, profitant de l’espace qu’il avait libéré en repliant ses jambes. Car cette fois-ci, sa question était une invitation. Elle releva la tête vers lui, s’offrit entièrement à son regard inquisiteur. Malgré son léger malaise, elle voulait lui prouver qu’elle n’avait rien à cacher. Qu’il pouvait avoir confiance, s’il avait besoin. Elle s’autorisa un léger soupir.

« Bien, je crois. Tout est encore tellement confus, mais dans le bon sens, je pense. »

Elle cligna des yeux, chassant un brouillard imaginaire. Elle ne se sentait pas légitime à être ainsi troublée, quand bien-même le flou ambiant semblait contenir quelques promesses. Elle n’avait pas le droit de perdre l’équilibre là où d’autres étaient morts, s’étaient battu, avaient perdu des membres de leur famille. Elle-même n’avait rien qui justifie qu’elle se plaigne. De ce point de vue, elle était de nouveau une aînée consciencieuse, prenant sur elle pour ne pas en rajouter aux tourments des autres. Poudlard lui semblait encore irréel, et elle avait du mal à contenir un mouvement de recul en croisant certains élèves qui avaient un peu trop profité du règne des Carrow, mais en apparence, la normalité avait repris ses droits et elle jouait le jeu, espérant que ses valeurs piétinées allaient lentement se reconstruire en arrière-plan.

« Je suis désolée, ça ne veut pas dire grand-chose, n’est-ce pas ? Et toi, est-ce que tu vas bien ? »

Elle aurait voulu pouvoir ajouter qu’elle avait été inquiète pour lui l’année passée, mais ça n’aurait pas été complètement honnête et s’il y avait bien une chose qu’elle lui devait, c’était la sincérité. Oui, elle avait parfois eu peur pour lui, mais elle le savait aussi capable et avait été franchement accaparée par ce qui se passait à Poudlard. Ce n’était que maintenant, face à son attitude plus rebelle que jamais en classe, qu’elle se faisait véritablement du souci. Tenir en période de guerre était une chose. Ne pas craquer quand la pression retombait en était une autre.
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Jeu 22 Fév - 9:26
Tiberius posa ses yeux sur cette main étrangement invasive. Puis sur Meg qui s'était illuminé d'une expression qui lui rappela celle de sa mère. Une expression de douce bienveillance qu'elle cachait souvent derrière le rideau froid de l'impartialité. Le visage du garçon de froissa en une drôle d'expression. Une espèce de perplexité indescriptible. Il se tendit et une seconde de lucidité en plus l'aurait sans doute poussé à retirer d'un geste agacé cette affection qui le mit mal à l'aise. Mais Meg connaissait bien ses leçons dans ces milieux-là et sut sans doute que cette attitude avait laissé son ami quelque peu troublé. Sa justification le fit pouffer avec une vivacité nerveuse.

Cette histoire... La Corée du Nord... Il roula des yeux, un peu triste mais amusé de constater à quel point Meg était à des kilomtres de la réalité. Mais son soucis brusque et ses sous-entendus pénibles le traversaient avec une telle fluidité qui les attrapait facilement. « Une heure de retenue normale ». Tiberius savait largement de quoi elle parlait. Et où elle voulait en venir. Il voulut assurer que ce n'était pas simplement une question de Corée du Nord – qui n'avait été que le prétexte final à sa révolte – mais d'un tout. D'un ensemble. Avait-elle tant de mal à le percevoir ? Il se retenu et dans son visage passa en une fraction de seconde l'ombre de l'horreur. Tiberius avait entendu parler de ce qu'il s'était passé durant son absence. Brièvement et toujours avec une prude retenue mais il s'imaginait sans mal quels traitements sont réservés à des étudiants en magie noire. Il repensa à son oncle. A ses leçons.

Il se souvenait brusquement d'un jour sans fin. Une longue période estivale où le soleil brillait par la fenêtre. Il avait trouvé l'une des pipes de son père et fumait sereinement, appuyé au petit balcon du manoir des Avery. Hippolyte et ses parents étaient partis en vacance. Tiberius avait été laissé à la maison. « Pour parfaire tes leçons, ton oncle viendra. » Il avait regardé sa famille s'éloigner en transplanage de la maison tandis que son oncle avait posé une main ferme et douloureuse sur son épaule comme s'il craignait que le garçon ne s'échappe aussi. Il recracha une volute de fumée bleue quand son oncle l'appela depuis le salon du rez-de-chaussée.

Tiberius toisa Meg sans méchanceté. Il ne voulait pas faire grandir sa peine et se sentit mal à l'aise à l'idée de jouer l'indifférent. « Une heure de retenue normale ». C'était une étrange remarque, innocente pour ce qu'elle avait de douloureuse. Il était mal à l'aise a l'idée de jouer l'indifférent. Mais Tiberius ne savait guère faire autrement. Comme si le monde lui passait au-dessus de la tête, il haussa les épaules. Toutes ces histoires de pédagogie corrompue par la politique lui semblait presque inepte. Le regard dans le vide, il ne commenta guère et se décala d'avantage pour la laisser s'installer à ses côtés. Tiberius la suivait des yeux avec un intérêt paternel. Tentant de percer les quelques aveux arrachés du bout des lèvres comme si elle aurait été immolé sur place si on la prenait à se plaindre. L'aîné des Avery la jugea une nouvelle fois face au visage troublé de Meg et son regard dans le vague. L'entendre se confier était une chose que Tiberius jugea d'incroyable. Même dans ce genre de moment, elle ne lâchait jamais totalement prise. Gardait cette espèce de bel enthousiasme candide.

Tiberius l'imita. Il s'assit à côté d'elle, pivotant d'un mouvement aérien, et chercha avec elle ce point dans le vague, à la recherche des idées qu'elle n'osait jamais vraiment soumettre à la confidence du garçon. Puis il tourna de nouveau la tête vers elle, après ce long silence, comme une réflexion plus profonde qu'elle avait eut sans le consulter. Il tenta de retenir un sourire moqueur mais son visage se crispa en une expression narquoise.

Meg était si guindée qu'elle ne se rendait sans doute pas compte que c'était la troisième fois qu'ils se demandaient si ça allait. Il en joua, d'une voix cabotine.

« Ca va, ca va. Et toi ? » Il échangea un bref regard avec elle, lui souriant avec une tendresse qui lui étant rare, un peu mutin. Puis il roula des yeux en soupirant.

« Bon okay. Maggie... » Il sembla chercher ses mots. « Tu es mignonne, vraiment. Je t'adore. Mais je crois que tu te fais du mal pour rien. » Il lui sourit avec une infinie bienveillance. « Non, je ne vais pas bien. Des gens sont morts et j'ai l'impression qu'on les a oublié. On s'est battu pour l'égalité des moldus et des sorciers et j'ai l'impression qu'on a juste inversé les rôles. Nous nous sommes rebellés contre les enseignements de propagande et j'ai l'impression que même ceux qui s'étaient révoltés les premiers ont oublié les combats qu'ils ont mené... » Sa voix était douce et presque pédagogue. « Donc, non. Je ne vais pas bien. Tu sais quoi ? Dis-moi... Qui a vraiment gagné la guerre ? La liberté, les idées d'égalité ? Ou le gouvernement qui s'embourbe chaque année de plus dans les mêmes terreurs futiles ? Ca fait des siècles qu'on s'empoussière de vieilles traditions qui attisent des haines millénaires et... » Il regarda au loin. Inspira profondément. Puis soupira.

Il sourit à Meg, comme s'il désirait abandonner avant l'heure. Ce n'était pas avec elle qu'il comptait avoir ce débat. Il baissa la tête pas dépit. Et ricana simplement, posant une main sur l'épaule de son amie Serdaigle. Se levant doucement, ses airs désinvoltes maquillèrent chacune de ses attitudes.

« Écoute, Maggie : Occupe-toi de tes études. De ta famille. De tes... » Il la désigna d'un geste à moitié dédaigneux. « Affaires... Personnellement, je ne compte pas être moins insolent. Ni même moins agressif. Je vais juste rester... » Il grimaça pour chercher ses mots mais qu'un seul ne lui vint en tête, qu'il abandonna d'un air un peu dépité. « Moi. Malheureusement. » Rit-il d'un ton léger. « Je n'attend pas de toi à ce que tu comprennes ou que tu m'approuves. Tu peux donc vaquer librement à tes occupations, ne t'en fais pas. »


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Jeu 22 Fév - 14:46
Tiberius pouvait bien lever les yeux au ciel, elle ne voyait pas ce qu’il y avait de drôle ou d’exaspérant dans cette histoire de Corée. Elle pouvait bien voir, à ses expressions fugaces, que son sous-entendu n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Mais il n’élabora pas dessus, et elle n’en fut pas surprise. Tiberius ne pouvait pas comprendre. Lui avait quitté Poudlard, et même s’il était resté, sans doute cela ne lui aurait-il pas fait le même effet qu’à elle-même, parce qu’il était plus indépendant, plus affirmé dans sa personne qu’elle encore. Ce qui avait tant chamboulé Meg, ce n’était pas juste la violence, la cruauté, la souffrance physique, la peur permanente et la noirceur soudaine de leur horizon, même si ces choses-là, bien sûr, l’avaient meurtrie dans sa chair. Non, ce qui lui avait tant fait de mal, c’est le renversement brutal des valeurs qui l’entouraient, la corruption d’un endroit qu’elle avait toujours considéré comme bon et juste et sûr et un exemple à suivre. La perte de repères, de son socle. Haine et suspicion ambiante n’avaient été que décuplées parce que charriées dans des couloirs où autrefois, on avait promu l’entraide, où l’on avait pu parler sans crainte. Les Carrow et leur système totalitaire lui avaient soudain arraché ses racines, et pour une adolescente comme Margaret Bride, il n’y avait pas de plus grande vulnérabilité que d’être soudain privée de ses racines et laissée à la dérive sans rien à quoi se raccrocher. Ecorner le souvenir de cet âge d’or, de cet ultime symbole de son enfance, en y cherchant les failles sociologiques et idéologiques constitutives, était pour cette raison au-delà de ses capacités actuelles.

A ses côtés, Tiberius bougea, sa position imitant la sienne, et pendant quelques instants, leurs réflexions semblèrent aller dans la même direction. Illusion vite brisée par son « ça va, ça va » moqueur. Elle ne su comment le prendre, initialement, comment concilier l’ironie mordante de sa voix et ce bref regard qu’ils venaient d’échanger, une nouvelle fois si chargé de sens. Son sourire enfin, si rare dans sa douceur, complice, attentif. Comme si elle l’intéressait vraiment. Quand enfin, il l’appela « Maggie », elle sentit quelque chose fondre en elle, son visage s’éclairer, et ne put s’empêcher de lui rendre son sourire. Un an que personne ne l’avait appelée comme ça. Elle n’aurait permis à personne d’autre que lui de le faire, d’ailleurs. Elle ne savait pas exactement pourquoi. Peut-être parce qu’il avait eu une connaissance uniquement authentique de la petite Maggie qu’elle avait été enfant. Les autres n’auraient pas été légitimes, voilà. Les autres avaient toujours connu Margaret, ou Meg. Même si l’affection que Tiberius lui portait paraissait pleine de condescendance, même si ses mots semblaient la rejeter à nouveau comme on éloigne une petite sœur exaspérante, le « Maggie », celui qu’elle n’avait même pas réaliser manquer avant aujourd’hui, changeait la donne. Elle avait percé le voile de sa prétendue indifférence. Et ça ne rendait que plus douloureux les aveux qu’il était en train de lui faire. Elle l’écouta jusqu’au bout, buvant sa propre forme de noirceur, avant de répondre à voix basse, incapable d’énoncer ce qui n’allait pas chez elle et dans toute cette école à haute voix.

« Tu es le premier à le dire, tu sais. Cinq jours qu’on est revenus ici, et personne, personne n’a osé dire à haute voix pourquoi certains sièges étaient vides et que… peut-être… on a le droit de ne pas aller bien. Moi je n’oublie pas. »

Elle aurait pourtant dû deviner que ce serait Tiberius Avery qui mettrait enfin les pieds dans le plat et oserait dire tout haut ce qui sonnait comme un blasphème après leur victoire. Elle inspira profondément, effrayée de ce qu’elle venait de reconnaître. Elle ne pourrait plus se mentir à elle-même, ignorer ses doutes, prétendre qu’elle allait parfaitement, absolument bien, si elle continuait sur cette pente glissante.

Elle répondit donc à sa remarque suivante avec l’intonation initiale d’une bonne élève qui donne sa réponse au maître d’école, cours théorique appris par cœur récité avec confiance, mais sa posture ne tint pas plus de trois syllabes. Qui avait vraiment gagné la guerre ?

« Celui-dont… » Non, ça n’allait pas. Meg inspira de nouveau, calant ses pieds fermement sur les dalles de pierre. « Voldemort a perdu, ça c’est sûr. »

S’il avait été défait, elle pouvait bien, enfin, prononcer son nom. Il avait perdu, donc, puisqu’il était mort, vraiment, définitivement mort, et que ses partisans étaient pour la plupart en prison. Quant à savoir qui avait gagné, à part répondre « Harry Potter », elle aurait été bien en peine. Elle soupira, presque en même temps que lui. Il voyait des choses politiques, des idées se surimposer aux faits, d’une manière qu’elle était incapable de distinguer. Comme si son sens de la vision à lui intégrait une dimension supplémentaire. Devait-elle être frustrée de son propre aveuglement, regretter qu’on ne lui ait jamais appris, qu’elle n’ait jamais trouvé l’opportunité de développer son sens critique ? Elle aurait voulu le comprendre mieux, mais ce qu’il voyait n’avait pas l’air de le rendre très heureux. Enfin. Elle n’était tout de même pas assez idiote pour ne pas cosntater le brusque renversement de valeurs à la mode.

« Je regrette que l’on se soit mis à voir les Sangs-Purs et les Serpentards comme des boucs émissaires. Je pensais naïvement que les gens se respecteraient plus, après avoir souffert ensemble. »

Elle était incapable de concevoir la justification logique derrière le cycle des oppressés se transformant inexorablement en oppresseurs. Tiberius posa une main sur son épaule, et elle frissonna légèrement en en sentant la chaleur, ultime affirmation qu’il était bien vivant à ses côtés. Le vilain ricanement qui faisait si peu justice à sa personnalité retentit cependant qu’il se levait. Elle tenta de s’armer face à cet énième rejet, cet énième dédain, et ses lèvres se pincèrent, son expression se refermant malgré elle. Elle avait mal aussi, d’entendre cet écho lointain de dégoût dans son rire tandis qu’il se qualifiait. C’était assez qu’elle recherche stupidement son approbation. Comment aurait-elle pu jamais l’obtenir s’il ne s’approuvait pas lui-même ? Margaret se sentit soudain fatiguée de leur manière de se tourner autour et de se rejeter mutuellement à demi pour un passé récent qu’ils ne contrôlaient pas.

« Tiberius, attends. » Elle ferma les yeux une seconde, ordonnant ses pensées, s’encourageant à dire tout haut ce qu’elle avait pensé depuis qu’elle avait renoué avec lui, trois ans auparavant. « Moi je ne pourrais pas, ne saurais pas être… Maggie, sans être Margaret. Sans être Bride. » Elle cherchait ses mots dans ce qu’elle espérait être une démonstration claire, la voix douce. Maggie, pas Margaret, était au cœur du sujet. « C’est un tout, je ne peux pas choisir. Ce serait comme me couper en morceaux. Mais toi… toi tu peux être ce que tu veux, tu l’es déjà. » Elle redressa la tête, le regarda droit dans les yeux. « Ca ne veut pas dire que tu dois être seul. »

Avait-elle été trop directe, trop franche ?

« Je sais très bien que tu te fiches comme d’une guigne de mon approbation. Mais tu pourrais être moins agressif avec moi. Je garderais le secret, ça ne te coûterait rien du tout. Tu te trompes en pensant que je n’en ai rien à faire. Je voudrais juste que tu sois heureux. »

Etait-ce une attente si déraisonnable, pour quelqu’un auquel on tenait ? Elle se tu, après cet inhabituel élan de loquacité et le fixa quelques secondes avec une hardiesse qui l’étonna elle-même, avant de regarder de nouveau au loin. Comment en était-on arrivé là ? Elle avait simplement voulu lui prouver qu’elle n’était pas idiote, qu’elle avait bien agi lors de ce cours de potion, et voilà qu’elle se retrouvait à s’inquiéter pour lui.
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Ven 23 Fév - 0:17
De cette petite voix timide, de ce visage fuyant, de cette bouche qui ne s'ouvrait jamais qu'avec une drôle de timidité, il en sortait des paroles très dures que Tiberius détestait entendre. Oh, il avait bien constaté que les gens évitaient de parler des morts et des blessés. Des familles brisées et des retombées futures que cette guerre avait jeté en l'air sans trop s'inquiéter des conséquences. Le Serpentard aurait aimé pouvoir la prendre dans ses bras. La rassurer ou la consoler. Une pointe tiraillait son estomac qui remontait jusqu'à sa gorge. De dégoût, de colère. Ou d'empathie face à cet espèce d'abandon dont Meg faisait preuve dans ses bras. Tiberius se sentit désarçonné. Il sentait bien que son amie était de ces sensibilités fragiles et il n'avait pas eut envie d'avoir ce genre de conversation avec elle. Il s'était imaginé tant de choses... Meg qui lui ferait une leçon moralisatrice et maternelle était une image qu'il craignait car il savait qu'il serait incapable de garder sa bienveillance à son encontre si elle osait ce genre comportement pourtant si fréquent dans l'école. Mais de toutes les possibilités, de tous les scénarios qu'un Serpentard peut imaginer pour garder contrôle sur la situation, il n'avait pas imaginé l'entendre parler ainsi. Il sembla à Tiberius que le problème ne touchait sans doute pas seulement Meg. Qu'elle n'était pas la seule dans le trouble. Tiberius, face à la fissure qu'il avait découvert en elle, se sentait illégitime. Et terriblement furieux. Il avait baissé la tête sans trop oser parler, sans trop oser la prendre dans ses bras – sans doute aussi parce que lui-même en avait besoin – l'air songeur.

Il sourit à sa réflexion. L'entendre prononcer le nom du Seigneur des Ténèbres était une chose dont il pensait Meg incapable. Elle semblait brusquement plus lumineuse. Comme une clarté dans la nuit. Tiberius se demandait soudain ce qui avait tant changé en elle. Ce que la guerre avait rongé dans son âme et avait renforcé dans son cœur. L'idée subite qu'elle ait participé de front à cette guerre lui effleura l'esprit un instant, dans un doute odieux. Il ne l'imaginait pas immédiatement parmi ceux qui portent les bannières. Mais elle avait un cran rare et une volonté nouvelle. Une volonté qui aurait pu évincer la sienne.  

Beaucoup encore craignaient d'un potentiel retour. Voldemort avait été si difficile à vaincre. Il avait survécu à une première guerre. Pourquoi pas une seconde ? Quels sorts maudits n'avait-il pas mis en place pour revenir de nouveau d'entres les morts lorsque la société sorcière s'y attendra le moins ? Tiberius savait. Il savait qu'un jour, les enfants des Mangemorts, de ces gens que l'on traquait aujourd'hui, de ces familles de sang-pur que l'on méprisait avec dégoût, un jour, reviendraient venger leur mémoire souillée. Et sans doute suivront-ils un nouveau Seigneur des Ténèbres capable d'assouvir leur soif vindicative à tout prix. Tiberius songea à son frère. A Hippolyte dont il regrettait souvent la relation qu'il avait contribué à engendrer. A Aslinn qui se faisait persécuter par tant de ses camarades que quand bien même les rumeurs soient infondées, elle serait bien forcée d'épouser les idéaux de la haine. Finalement, Voldemort avait-il tant perdu que ça ? Il eut un nouveau frisson d'horreur et fronça les sourcils un court instant. Il voulut en parler à Meg mais songea qu'elle devait bien avoir assez de soucis qui la parasitaient. Il se contenta de l'observer d'un œil distrait et pensif. Et se leva doucement tandis qu'il l'entendait se confondre en genre d'excuses comme si elle eut été responsable de tout ça. Quelque part, il se sentit rassuré et oublia presque son impartialité froide pour lui accorder un sourire faible et timide. Il haussa des épaules, quelque peu circonspect de cet état de fait.

« Oui, moi aussi, je t'avoue. » Souffla-t-il, heureux que Meg ait sans doute enfin compris quelque chose qui le rongeait depuis un certain temps.

Tiberius avait toujours plus ou moins vu tout ce qu'il dénonçait aujourd'hui, en vérité. Les injustices sociales, la compétitivité hargneuse entre les maisons, la couardise des sorciers qui semblaient aimer vivre cachés comme des rats,... Beaucoup de choses qu'il n'entraperçut qu'en confrontant son monde à celui de Ian et Billie. A celui des moldus. Tiberius en était sûr : La clef était là. La mixité. L'échange. Briser les secrets et fracasser les petites cases à commencer par cette méprisable répartition des maisons. La guerre n'avait été qu'un prétexte. Un conflit d'intérêt entre deux idéologies qui avaient trouvé leurs champions respectifs. Harry Potter n'avait été, aux yeux de Tiberius, qu'un pion que Dumbledore avait manipulé judicieusement. Tiberius reconnaissait la puissance et la très grande intelligence de ce vieux fou de Dumbledore. S'il avait été porté, comme beaucoup d'autres, par son message de paix lorsqu'il était en âge de n'en voir que la partie immergée, le jeune Avery était au moins certain que Dumbledore, comme tous les grands sorciers, avait sa part d'ombre dans cette triste affaire. Avait-il eut la curiosité d'étudier, entre deux curiosités, la biographie « du plus grand sorcier de ce siècle ». Qu'il aille en paix. A présent, les puissants et inexorables acteurs de cette grande tragédie étaient disparus. Et Tiberius restait convaincu qu'après avoir empêché la tyrannie de s'installer, il fallait maintenant pousser la révolution vers des mesures progressistes. Réellement progressistes. Il songea une seconde que cependant qui ni lui, ni Ian, ni Billie, ni aucun membre de l'Académie n'était Harry Potter. L’Élu. Le héros. Celui que l'on suit. Et parfois, Tiberius pensait que c'était lui, le marginal. Le « méchant de l'histoire ». Peut-être. Très certainement. Il avait décidé depuis longtemps d'accepter de l'être pour nombre de ses adversaires.

Tiberius craignait ainsi beaucoup le rapprochement de Meg pour cette raison. Cette petite fille aux joues potelées et à l'attitude parfaitement soignée. Elle était loin de ce à quoi il aspirait. Loin d'être prête à sacrifier son image, ses certitudes et désirs pour quelques idées mal fagotées, crachées par un revanchard à peine sortie de l'adolescence. L'image de leurs jeux d'enfance revenait parfois comme un supplice. Un temps révolu qu'il ne pourrait assumer parfaitement, maintenant qu'il avait choisie son « camp ». Alors, il avait préféré sans doute fuir un peu. Et nourrir l'image du mouton noir des Avery et qu'elle n'en garde aucun doute. Aucune rancœur si ce n'est cette amertume commune à tous ceux qui sont assurés d'être témoin d'un énorme gâchis. Il espérait pour elle qu'elle vive bien. Selon ses idées. Lui semblait n'être qu'accablés des mêmes obsessions, matins et soirs. Il était certain d'être bien mieux capable de prendre la décision pour tous les deux.

Toutefois, la voix de Meg éclata dans son dos comme un murmure autoritaire et il ne put l'ignorer. Sa mère. Il entendait sa mère. C'était odieux et à la fois voluptueux. Il baissa la tête une brève seconde avant de se retourner à demi. Le visage strict et sévère.

Ses mots le traversaient avec une violence rare. Son regard s'arrondirent de surprise. Il eut l'impression de la comprendre. Ou tout du moins, de partager ce sentiment. Un sentiment dont il s'était libéré depuis longtemps. Il écouta sa voix claire et presque chantante lui reprocher et tenter un contact qu'il aurait sans doute moqué pour quiconque lui aurait balancé ce genre de salade. Mais, ces salades, c'était Meg qui les lui soumettait avec la sincérité d'un petit chaton. Tiberius détestait ce sentiment. Une émotion vive, une envie de répondre. D'être aussi sincère qu'elle ne l'était avec lui. Il se scindait toujours en deux et son visage se tordait en des expressions plaintives comme si une déchirure lui arrachait les tripes. Il aurait voulu la protéger de lui. Mais surtout : Se protéger d'elle. Tiberius savait qu'il n'était pas un enfant de chœur. Sans doute ne le serait-il jamais et il en tirait une extrême fierté. Le cynisme, la méchanceté, ce n'étaient pas des balais desquels il pouvait descendre dès qu'il eut pied au sol. Non. C'était lui. Et elle semblait croire qu'il y avait une part de lui capable de lui apporter cette espèce de petit bonheur fugace d'adolescent qui se prennent amoureusement dans les bras. Il regrettait avec peine de ne pas pouvoir lui apporter plus. Levant les yeux aux ciel pour rassembler toute la volonté qu'il avait pour lui soumettre un peu de sa bienveillance fraternelle, il inspira.

« En fait, je ne sais pas si tu me surestimes ou me sous-estimes... » Ces mots survolèrent la grande arcade et s'achevèrent en vagues échos au milieu du brouhaha d'un groupe d'élèves qui passèrent. Il baissa la tête pour la regarder en face. Il sourit. « Je ne comprends pas ce que tu veux... Savoir si je vais bien ? Je t'ai répondu. Si je suis heureux ? Ce serait plus judicieux que tu te poses la question à toi-même et que tu commences à mettre en œuvre ce qui est nécessaire à ton bonheur. A toi. A force de te préoccuper des autres, tu finis par complètement t'oublier. Regarde-toi... Maggie. Meg. Margaret. Bride. Ca veut dire quoi, tout ça ? Tu penses que si je te regardes de profil, je verrais une Margaret au lieu d'une Maggie ? Tu penses que tu changes de forme en fonction de ton interlocuteur ? Je suis désolé de te l'apprendre mais tu n'es pas métamorphomage. Tu sais ce que je pense... ? » Il s'était avancé de quelques pas, un peu mauvais. Cette petite amabilité doucereuse, il ne l'avait pas bien tenu longtemps. Et plus il y pensait et plus ça le mettait hors de lui. Il n'était sans doute pas en colère contre elle. Mais contre tout ce qui l'avait tant bridé qu'elle avait perdu de vu qu'elle pouvait simplement être celle qu'elle désirait être. Et pas seulement celle qu'on attendait qu'elle soit. « Je pense que tu t'intéresses tant à mon bonheur parce que tu as peur de regarder le tiens. »

Tiberius songeait qu'il allait sans doute trop loin. Il regrettait. Il aurait voulu s'excuser immédiatement. Mais c'était trop tard. Il ne pouvait décemment revenir en arrière. Tant pis pour les pots cassés. Tiberius n'avait qu'à espérer pouvoir les recoller si la petite porcelaine de Meg était trop fragile pour ce genre de transport. Il regarda ses yeux à tour de rôle dans un espèce de silence tendu et électrique. Il recula de quelques pas, comme s'il craignait qu'elle ne le gifle.


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Ven 23 Fév - 17:50
Silence. Tiberius avait baissé la tête, ignorant soigneusement son regard, et le silence avait reprit ses droits, les malheurs de la guerre replongeant dans le tabou. Où était son insolence, en cet instant ? Fixant elle aussi ses pieds, elle lui coula un regard sous ses cils. Le deuil de Poudlard n’était peut-être pas entièrement sien, mais il en avait sans doute d’autres à porter. De gens que personne ici n’avait connu. Est-ce que c’était mieux, d’être seul avec ses morts, ou bien de participer au déni collectif comme elle-même ? Elle n’était pas trop sûre mais puisque ni l’un ni l’autre ne rajouta un mot sur le sujet, c’était qu’au fond, le statu quo devait bien leur convenir. Meg était tiraillée entre son envie d’affronter la situation une bonne fois pour toutes et de la mettre derrière elle, et la peur de découvrir que le gouffre devant elle était sans fond. C’était plus facile de ne pas choisir, de se laisser porter, d’attendre que d’autres aient le courage de regarder avant elle.

En attendant, s’accrocher à ses maigres victoires personnelles. Elle releva la tête et lui rendit son sourire, timidement, l’air presque étonnée d’être soudain rentrée dans ce club de gens courageux capables de prononcer le nom de « Voldemort ». Elle-même ne se considérait pas comme téméraire. Elle avait été morte de trouille pendant l’intégralité de l’année dernière. L’unique raison pour laquelle la peur ne l’avait pas paralysée était la discipline qu’elle s’était imposé toute sa vie pour être ce qu’on attendait d’elle et atteindre le plus possible l’excellence scolaire. Elle avait transféré ce self-contrôle à ses petits actes de résistance sans plus se poser de question. Ses peurs et ses dégoûts n’avaient pas eu d’importance face au poids écrasant de ce qui devait être fait. Sa conscience, après avoir pesé le pour et le contre soigneusement, avait imposé son verdict et elle avait suivi, s’obligeant à ne pas laisser ses craintes personnelles la ralentir dans ses tâches. Chemin faisant, elle avait peu à peu pris goût à se dépasser ainsi, avait trouvé une satisfaction nouvelle dans ses actions. Mais jamais il ne lui serait venu à l’idée de se comparer aux véritables héros qu’avaient pu être, à ses yeux, Ginny Weasley, Luna Lovegood ou Neville Longdubas. Eux avaient été des figures incandescentes, entières, là où elle n’avait fait que profiter des avantages que lui donnaient son nom de famille et sa réputation.

Elle se sentit soulagée qu’il approuve sa petite vision de la situation sans repartir dans des débats qu’elle se considérait incapable de suivre. Sans doute aurait-elle dû le laisser partir sur cette note positive, préserver ce fragile équilibre qu’ils avaient su trouvé. Pourquoi était-elle incapable de se positionner correctement face à lui ? Il l’énervait, ayant l’art d’adopter le comportement le plus irritant, de jeter les bonnes manières pour le pur plaisir de pouvoir le faire, de cacher ses bons élans sous ses moues changeantes et ses masques impassibles. De prendre sa liberté sans sembler se soucier d’embraser le monde autour de lui.

« Je n’en sais rien. »


Un léger rire lui échappa, nerveux. Elle lui rendit son regard en commençant déjà à regretter ses paroles. Elle s’était montrée trop franche, avait eut le malheur d’oublier un moment qu’ils n’étaient plus des enfants, qu’il y avait des choses qu’ils ne pourraient plus jamais se dire. Elle ne pouvait pas, en cet instant, ouvrir sa bouche et déclarer tout de go qu’elle ne voulait surtout pas lui ressembler, même si c’était ce qu’elle pensait. Elle ne pouvait pas lui avouer qu’elle admirait chez lui tout ce qu’elle aurait détesté chez elle-même. Rien de tout cela n’était logique. Peut-être que leur étrange amitié n’avait pas besoin de l’être ?

Margaret se força à respirer calmement tandis que ses lèvres se pinçaient et que ses sourcils se haussaient vaguement. Non, il ne lui avait pas répondu lorsqu’elle lui avait demandé s’il allait bien. Il avait commencé par feinter, pirouetter autour de la question de sa voix moqueuse, l’éloignant d’un geste de la main dédaigneux. Ça n’avait pas été une vraie réponse, et quand enfin il avait été sincère, il avait immédiatement cherché à mettre fin à la conversation, dérivant vers des considérations générale sur la marche du monde.

Et maintenant, voilà qu’il lui retournait la question comme une claque. Meg se redressa, le dos bien droit, et ses mains s’arrimèrent au rebord du banc jusqu’à ce que ses jointures deviennent blanches. Avait-elle mérité le déluge en train de s’abattre sur elle ? Il devait pourtant bien savoir à quel point ses questions étaient insultantes, à dénigrer ainsi tout ce qu’elle se donnait chaque jour du mal à être. Il était en train d’empoisonner la simple mention du nom « Maggie », et elle lutta contre les larmes qu’elle sentait monter en elle. Elle n’avait aucunement l’intention de pleurer devant lui, et lorsqu’elle se sentit enfin capable de lui répondre, la voix blanche, ses joues étaient sèches malgré ses yeux brillants :

« Mais les gens normaux vivent dans le regard des autres, Tiberius. On n’est pas tous seuls sur cette planète. J’ai besoin d’être utile, j’ai besoin d’avoir une place, et je me détesterais d’être égoïste. »

Bien sûr qu’elle ne montrait pas les mêmes aspects d’elle-même à tous ses interlocuteurs, c’était la base même de la vie en société ! Quant à savoir ce qu’il restait quand elle était seule… Elle se cherchait encore, sélectionnait méticuleusement les aspects d’elle-même qu’elle voulait garder et développer, comme un papillon préparant sa sortie de la chrysalide.  Tiberius semblait insinuer qu’elle s’oubliait, mais c’était tout le contraire. Elle pensait à sa satisfaction personnelle quand elle était une « bonne fille ». Etait-ce un crime de trouver de la satisfaction, de la sincère satisfaction, à faire la fierté de sa famille ? Eprouver de la satisfaction à ce que l’on ait besoin d’elle ? Evidemment que toutes ces attentes ne lui plaisaient pas, et que certaines lui pesaient. Bien sûr. Mais la majorité du temps, il lui était facile de les satisfaire, parce que ses goûts personnels la portaient dans la même direction.  Elle n’avait aucunement l’intention de jeter toute sa vie aux orties. Elle n’avait pas besoin de faire la révolution pour être heureuse.

Elle se leva à son tour, recalant son sac sur épaule sans le regarder, puis releva la tête, à nouveau en possession de son calme, quoi que la légère rougeur de ses joues trahisse son émotion.  Le silence entre eux était chargé. Maggie exsudait la frustration de ne pas réussir à faire comprendre son point de vue à Tiberius. Il avait délibérément appuyé là où ça faisait mal et elle se serait presque sentie capable de le frapper, comme un élan animal de tension cherchant à sortir d’elle-même pour se protéger. Cependant, elle n’avait jamais levé la main sur quiconque dans sa vie, et n’avait aucunement l’intention de commencer aujourd’hui. Pendant une seconde, elle eut la tentation d’enfiler un masque, comme pour certaines occasions sociales, mais décida finalement que ce serait s’abaisser à son niveau. Puis, elle n’était pas en état de jouer à l’indifférente face à lui.

« Qu’est-ce que tu veux entendre, exactement ? Que je ne suis pas heureuse ? Est-ce que tu dormiras mieux cette nuit si je te dis que je n’arrive pas à me concentrer en cours ? Que je suis perdue, que tout est confus, que toutes les règles du jeu ont changé et que moi, moi, je ne sais plus où est ma place ? Que c’est formidable et terrifiant à la fois ? Qu’est-ce que tu gagnes, qu’est-ce que quiconque gagne, si je craque ? »

Elle s’était rapprochée d’un pas et avait parlé à voix basse et artificiellement calme, la lèvre légèrement tremblante, incapable, malgré tout ce qu’il venait de lui asséner, d’évoquer ses sentiments à haute voix. Il n’y avait que la vérité qui faisait mal, hein ? Bien, elle venait de lui relancer la sienne toute fragile à la figure, et grand bien lui fasse, à lui et à sa politique de la terre brûlée ! Elle aurait tout le temps plus tard de regretter d'avoir trop parlé.
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Mar 27 Fév - 15:34
Tiberius l'observa longuement dans cette espèce de posture soumise. Dans cet éclatement d'émotions ou de réflexions qui traversaient son visage et la faisaient subrepticement grimacer sans qu'elle n'ose extérioriser ce qui entrait en fusion en elle. Ses réactions étaient passives. Rageantes pour ce qu'elles avaient de calmes. Tiberius détestait les gens calmes. Il les détestait bien plus qu'ils avaient le dessus sur ses élans de colères. Élans de colères qui explosaient avec une puissance inouïe depuis son retour à Poudlard. Maggie semblait avoir beaucoup de choses à dire. Semblait prête à décoller de son petit muret de pierre comme un oiseau paniqué. Le bec haletant et les yeux furieux. Mais de sa bouche ne sortie d'un vague murmure. Une réponse aussi pathétique que ce qui lui apparaissait de plus en plus comme une chiche abnégation à tout ce qui semblait, lui, le révulser. Il aurait aimé la prendre par les épaules et la secouer. Lui hurler de se réveiller. Lui donner une grande gifle sur le coin de son petit nez retroussé. Voir ses yeux s'arrondir brusquement dans une mine déconfite.

Elle ne le frappa guère. Pas le moindre mouvement brusque. Pourtant, il avait sentie que ses muscles s'étaient contractés et était presque sûr qu'elle crispait la mâchoire sans s'en rendre compte. Tiberius songeait qu'il pouvait bien lui cracher dessus qu'elle n'aurait jamais un mot plus haut que l'autre. C'était amusant d'expérimenter les limites de ceux dont on disait la patience infinie. Une patience de Poufsouffle. Tiberius aimait bien les Poufsouffles. Mais cette patience-là, il ne la voyait que d'un œil gorgé de mépris. Une patience docile. Une patience qui écrase la dignité. Une patience qui rend médiocre et pitoyable ceux qui la développent. Tiberius aurait préféré qu'elle le frappe. L'insulte. Lui lance une méchanceté aussi odieuse que celle qu'il venait de lui vomir à la figure – car Tiberius savait pertinemment ce qu'il disait et où il devait frapper.

Il roula des yeux et soupira, sans prendre la peine de dissimuler la moitié de son agacement. Regardant ailleurs et enfonçant les mains dans les poches. Il la trouvait odieusement complaisante dans sa situation. Terriblement disciplinée. Jusqu'au malaise. Il ne comprenait pas où pouvait-elle se réduire à ça. A une place dans la société. Il s'imaginait une grande salle. Un amphithéâtre. L'amphithéâtre de la société où chaque petit siège était réservé à un élève et qu'il faille l'y tenir convenablement sous peine d'être viré de la salle. Être rangé. Parfaitement installé dans des petites cases prédisposées. Participer. Mais ce n'était sans doute pas son genre, de participer. Et plutôt que de jouer avec les règles du jeu, il préférait largement en inventer le sien. Tiberius ne voulait pas qu'on l'invite à s'installer sur l'un de ces sièges. Il voulait se lever et descendre pour prendre directement la place du professeur qu'il trouvait stupide et injuste.

Tiberius détestait cette vision des choses. Lui qui désirait seulement être quelqu'un. Être lui-même – bien « qu'être lui-même » était encore un état de fait mystérieux pour lui – et imposer sa place. Il détestait cette vision du monde qui s'appliquait à le réduire à sa propre situation. Un Avery. Un Serpentard. Un adolescent. Un sang-pur. Du reste, Tiberius avait dû s'appliquer à briser les règles. Grogner et changer les choses. Accepter de pénétrer dans l'inconnu. D'affronter les risques. Être égoïste, méchant. Il ne comprenait ce que Meg pouvait détester à l'idée d'être égoïste. Rien, pensait-il, rien au monde n'était plus épanouissant qu'être égoïste. Il en restait convaincu, comme s'il s'agissait d'un précepte cultuel. Ses yeux dérivèrent vaguement vers son livre qu'il tenait fermement entre ses doigts. Tiberius savait d'où il piochait ce genre de certitude. Agir dans l'égoïsme pour s'épanouir était une chose que les magies noires invitaient souvent. Avec parcimonie. Celles qu'ils lisaient admettaient sans mal que l'égocentrisme n'était pas nécessairement mauvais. Que le monde ne se résumait guère à des préceptes de bien et de mal. A du blanc ou du noir. Et Tiberius avait imaginé qu'ils aient sans doute raison.

Aussi, la réflexion de Meg était un non-sens absolu. C'était ridicule. Un maître en son domaine, un artiste qui révolutionne l'art, il apprend les règles pour mieux les contourner. Un politicien qui souhaite être utile à son peuple change les choses en brisant les règles de convention, en faisant ce que tous les autres répriment. Un employé n'évolue qu'en prenant l'initiative de faire plus que ce qu'on lui demande. De s'opposer à ses patrons pour mieux faire valoir ses droits. Aux yeux de Tiberius, seuls les outils étaient utiles en faisant ce pour quoi ils furent conçus. Et il était furieux de songer que Meg semblait adorer n'être qu'un outil. Il aurait voulu le lui dire et l'exprimer avec la même méchanceté dont il était capable. Mais alors qu'il roulait des yeux et observait ailleurs d'agacement, crispant sa mâchoire, il tourna un regard vers elle. Sa voix avait été si faible qu'il aurait pu jurer qu'elle se briserait. La voir aux bords de larmes ne le calma pas. Mais ne le rendit que plus furieux encore. Elle s'enfonçait et la seule chose qui apaisa ses ardeurs était l'idée qu'il avait sans doute un petit peu abusé avec elle. Il la savait fragile et sentait bien qu'il avait fait preuve de beaucoup moins de précautio. Dans ce silence, il la toisa.

« Si tu le dis. » se contenta-t-il de souffler, considérant qu'ils avaient atteint ses limites à elle. Qu'elle ne pourrait sans doute pas d'avantage défendre ses idées dans cet état d'émotion vive et fragile.

Un ange passa tandis qu'il l'observait avec une étrange pitié mêlé d'un mépris qu'il ne fardait même pas. Il soupira. Détourna les yeux en secouant la tête d'exaspération, prêt à partir.

Puis elle explosa. Un volcan. Brusque et soudain. Elle s'était réveillée comme si ce bref instant muet - qui lui apparut comme une longue éternité - avait soulevé en elle de nouvelles forces. Alors qu'elle se relâchait dans une complaisance larmoyante, la voilà qui ravalait sa sensiblerie pour mieux attaquer. Les yeux de Tiberius s'arrondirent de surprise et sa tête eut un mouvement de recul comme si elle venait de bondir sur lui. Il recula d'un pas, sentant presque sa colère lui brûler les yeux. Il aurait voulu sourire à ses réflexions. Il était heureux qu'elle lui confirme qu'il avait touché juste. Et qu'elle accepte de le lui cracher ainsi comme si elle aurait pu le faire taire. Oh, sans doute, quelqu'un d'autres se serait contenté de baisser la tête et de conclure d'un « non madame... » Mais elle tentait le Diable. Il ne baisserait pas la tête. Cependant, il garda son sourire bien rangé pour redresser le menton et afficher une allure fière. Il arqua un sourcil.

« Peut-être bien, oui. Peut-être bien que ça va m'aider à mieux dormir la nuit... Peut-être même que ça pourrait aider à dormir tous les autres qui n'arrivent plus à dormir la nuit, depuis qu'ils sont revenus à Poudlard. Peut-être bien qu'on pourrait être des centaines à se reconnaître dans ce genre de sincérité. » Il parlait avec calme cette fois et enfonça ses yeux dans les siens avec une rage qui ne se lisait qu'à travers l'expression de son regard. Quand deux élèves passèrent et pouffèrent à leur passage, il regarda ailleurs et libéra cette tension qui crépitait dans ses doigts. Il recula et leva les yeux en l'air. « Tu parles de bonté... Si on y pense, tu es bien plus égoïste que moi à garder pour toi ce genre de chose secrète. C'est toi qui agis comme si tu étais seule. La seule à pouvoir ressentir ces doutes-là, en préférant les taire. A faire semblant que tout va bien alors que c'est évident que tout ça n'est qu'une espèce de grande tragédie qui va sans doute très mal se finir. Cette école, la société en passant par les professeurs et les parents... Et... » Il se rendit compte qu'il divaguait encore vers de nouvelles considérations peut-être trop lointaines pour Meg qui se concentrait sans doute beaucoup trop sur eux deux. Il souffla, regarda ailleurs, comme embarrassé. Ils avaient attiré les regards des élèves sur l'herbe avec qui il échangea un bref regard. « Tout ça, tu le sais... Tu le vis bien mieux que moi. » Dit-il, le regard dans le vague - ou plutôt sur ces élèves qui avaient détourné la tête - avant de la regarder, elle. « Et je te trouve culottée de me reprocher d'être sincère envers moi et le monde sous prétexte que ça déplaît... Tandis que toi, ta sincérité, tu la prives à des gens qui en ont peut-être besoin. » Il hésita longuement en la regardant. Sa bouche s'ouvrit. Trembla un peu. « Comme moi. » ajouta-t-il sans trop savoir ce qu'il disait.

Le dire lui avait écorché la langue. Non seulement car il n'était pas dans sa nature d'admettre ses faiblesses et ses doutes mais également parce qu'il ne le pensait pas. Tiberius n'avait guère qu'on admette les choses à voix haute pour les comprendre. Lui qui avait toujours sut révéler des vérités cachés et préférait sans doute les creuser là où on aimait bien les dissimuler. Cependant, Meg semblait avoir un mal profond à admettre qu'il existait autre chose autour d'elle. De plus important. De plus précieux. Tiberius avait besoin qu'elle comprenne ce qu'il voulait dire. Qu'elle ressente cette vive émotion au creux de son estomac. Celle qui le poussait toujours à agir violemment. A défendre des idées que personne ne défendait. Et il pensa qu'elle ne pourrait comprendre autrement qu'en imaginant que Tiberius ait également besoin de dévoiler à grands mots les choses que le monde sorcier désirait garder dans le silence.


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Jeu 1 Mar - 21:01
Tiberius suintait le mépris, et une colère sourde dont elle ne comprenait pas l’origine. Meg avait l’habitude d’être prise de court par ses réactions, mais elle ne voyait sincèrement pas ce qu’elle avait bien pu dire pour mériter un tel traitement. Qu’avait-elle fait, au fond, pour l’énerver ? Lui demander s’il allait bien ? Interrompre sa lecture ? Lui rappeler qu’il n’était pas tout seul sur la planète ? Sans doute avait-elle été trop franche avec lui, mais ça ne justifiait pas une telle agressivité. Et si elle n’en était pas à l’origine, alors, elle ne méritait pas de l’essuyer ainsi. Margaret avait sa propre forme de dignité tranquille, discrète mais bien présente, et Tiberius commençait à tirer sur la corde. Or, la dernière chose à laquelle elle s’était attendue en l’abordant était de se faire piétinée par celui qu’elle considérait comme un ami. Elle trouvait de la fierté dans ce qu’elle était, dans le fait d’être une Bride et tout ce que cela impliquait. Au cours de l’année précédente, le sens de cette appartenance lui était apparu plus claire que jamais, et elle l’avait embrassée entièrement. Peut-être que tout ça n’était pas assez bien pour Tiberius Avery, mais elle savait qu’elle avait de la valeur. Le long regard de pitié qu’il venait de lui lancer aurait dû la mettre hors d’elle. Il le fit, un court instant, jusqu’à ce que la douleur de ce qu’elle ressentait comme une trahison noie sa colère.

Si colère il restait, c’était en réalité contre elle-même. Elle était une grande fille de quinze ans, elle avait survécu à une guerre, et elle n’aurait pas dû le laisser avoir l’ascendant sur elle aussi facilement. Perdre ses mots face à ses discours politiques grandiloquents. Elle croyait à ses idées, mais n’arrivait pas à expliquer son point de vue. C’était très frustrant de paraître ainsi aussi idiote pour ce qui n’était qu’un problème de rhétorique. Elle serra les points. Lui jouait avec les mots avec aisance là où elle s’était trop habituée à se taire et n’en penser pas moins. Suffisamment, en tout cas, pour que maintenant il la prenne pour une gentille petite idiote au cerveau vide.

C’était peut-être ça qui l’avait poussée à l’agonir soudain de questions, et elle éprouva une joie sauvage, presque effrayante, à le voir enfin réagir. Son pas en arrière la fit se sentir puissante. Enfin grande. Son air de surprise n’arriva même pas à l’insulter, cette fois. A vrai dire, elle s’était un peu surprise elle-même à tant parler. Ce qui avait commencé comme une question rhétorique avait fini en confession. N’importe qui d’autre, sans doute, l’aurait laissée tranquille après ça. Mais pas Tiberius. Lui qui ne s’était pas donné la peine de répondre sincèrement à ses réelles questions disséquait à présent ses interrogations théoriques. Sa belle assurance en fut soufflée comme la flamme d’une chandelle trop vite exposée aux courants d’air.  Est-ce que c’était un jeu pour lui ? Etait-elle en train de rêver, ou bien jouait-il vraiment avec elle ? La haine qu’il avait soudain au fond des yeux lui évoqua un prédateur en train de s’amuser avec sa nourriture et elle dû lutter pour prendre de l’air, entrouvrant légèrement la bouche. Qui était cet homme en face d’elle ? La guerre avait-elle pu le changer à ce point en seulement un an ? Sans doute. La guerre avait changé tout le monde. Elle avait été stupide, stupide de croire que si seulement elle s’accrochait, elle retrouverait ceux qu’elle avait laissé bien en ordre autour d’elle. Sa poitrine se souleva visiblement tandis qu’elle prenait une inspiration profonde.

« Tu n’étais pas là l’année dernière. » Cette fois-ci, elle ne s’était pas donné la peine de masquer le reproche dans sa voix. C’était trop facile de la juger sans avoir vu ce qui s’était passé. « C’est grâce au silence, si on a survécu. Ce n’est pas si facile de l’abandonner d’un coup. »

Se taire, et endurer, de septembre à fin mai. Finalement, c’était aussi bien que Tiberius n’ait pas été là. Avec toute sa bravado, il n’y aurait pas survécu. Il avait peut-être vu une bataille éclatante, mais avant ça, elle, elle avait tenu neuf mois dans un Poudlard dirigé par des Mangemorts. Elle tenta de s’accrocher à cette certitude de sa propre force et compétence tandis que les paroles de Serpentard creusaient un abîme de panique en elle, la figeant complètement. Jusqu’à présent dans leur conversation, ils avaient confronté leurs points de vue sans qu’elle ne se sente réellement remise en question, ferme dans ses convictions malgré leurs désaccords. Mais là, il était en train de lui mettre la tête à l’envers, à la renvoyer à ses propres failles les plus intimes, celle qu’elle avait été assez naïve pour lui montrer. A la remettre en cause dans son intégrité.

Elle sentit la panique monter en elle alors qu’il la traitait d’égoïste. Elle aurait pu entendre de pires insultes sans être vraiment déstabilisée, s’il ne l’avait pas aiguillonnée avec ce fond de vérité bien ajusté. Etait-elle vraiment en train de faillir à tout ce à quoi elle tenait, se rendait-elle coupable simplement en se taisant ? Non, ça n’était pas possible. La responsabilité ne pouvait pas lui incomber à elle seule, n’est-ce pas ? Et en même temps… elle ne s’était jamais déchargée sur les autres comme excuse pour ne pas accomplir ce qu’elle considérait comme son devoir. Tiberius l’avait bien hameçonnée.

« Pas moi, pas moi, pas moi. », lui hurlait une petite voix intérieure. Elle n’était pas assez courageuse, elle ne saurait pas comment faire, elle ne voulait surtout pas être la première. Elle avait peur, voilà. Elle n’était pas une héroïne. Tout ce qu’elle voulait, c’était laisser ses plaies cicatriser lentement en arrière-plan, et puis éventuellement, tendre et saisir les perches et les sous-entendus d’autrui. Pas laver son linge sale en public. Si elle faisait ça, elle n’arriverait pas à rester debout. Ca n’était pas son rôle, ça, elle était persuadée de ne pas en être capable. Elle devait… Elle profita du moment où Tiberius cessait enfin de la fixer pour regarder autour d’elle, vérifiant que le monde continuait de tourner, à la recherche d’une échappatoire. Il était clair, désormais, que cette conversation ne leur apportait rien de bon, ni à l’un ni à l’autre, et elle devait s’éloigner avant de se faire véritablement mangée toute crue.

Elle allait lui dire au revoir poliment et froidement et s’éloigner d’ici en attendant un jour meilleur pour lui réadresser la parole, consciente que les paroles qui la touchaient tant étaient trop pleines d’une méchanceté indue bien qu’incapable de s’empêcher d’être bouleversée, quand il conclu sa tirade. Comme lui ? Elle releva brusquement les yeux sur lui et sa bouche tremblante, surprise d’y voir enfin un soupçon de vulnérabilité sincère. Il allait la rendre folle, à jouer ainsi avec ses nerfs. Elle ne savait plus sur quel pied danser. Mais… elle ne pouvait pas s’empêcher d’être touchée, malgré toutes ses piques. D’abord parce que si Tiberius se comportait comme ça avec tous ses « amis », il n’était effectivement pas près de trouver une oreille compatissante. Ensuite, parce qu’il y avait peut-être là une issue à son conflit interne. Elle ne voulait ni ne pouvait partager sa confusion avec tout le monde. Mais juste avec Tiberius, peut-être ? Lui n’aurait qu’à passer le relais à quelqu’un d’autre ensuite, et ainsi de suite ?

De qui se moquait-elle ? Evidemment qu’il ne passerait le relais à personne. Tiberius était égoïste, elle l’avait toujours su. Ce n’était pas forcément mal, chez lui. Il ne se serait jamais détaché de sa famille si ça n’avait pas été le cas. Mais, cela voulait aussi dire qu’il ne ferait ce qu’il lui reprochait de ne pas faire (vous suivez ?) que s’il y trouvait un éclat suffisant. Et qu’il s’amuserait sans doute encore à retourner contre elle tout ce qu’elle lui confierait. Elle se fit l’impression d’être un papillon de nuit, irrésistiblement attirée par la flamme qui lui brûlerait les ailes, alors qu’elle cédait finalement d’une voix lasse et méfiante :

« Qu’est-ce que tu veux savoir ? »

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Mer 7 Mar - 3:54
Alors que Tiberius la noyait dans sa colère, la petite voix tranquille et enfantine de Meg ne réussit qu'à peine à couvrir sa voix. Il ne l'entendit presque pas lui reprocher son absence. Il s'était arrêté presque d'un coup en recherchant un sens plus profond à tout ça. Ce reproche sonna en lui comme un gong et un long frisson lui redressa les poils. Tiberius savait qui il avait abandonné. Il savait qu'il avait fuit au profit d'une meilleure situation. Il avait été inenvisageable de retourner à Poudlard après ça. Inenvisageable d'accepter un système qui le dépassait. De jouer les règles d'un jeu imposé. A ses yeux, retourner à Poudlard signifiait accepter. Chichement mais tout de même. Tout plutôt que ça. Tout plutôt que de la soumission, l'horreur, les cauchemars, la torture, la tyrannie. Tiberius savait – il le sautait au fond – qu'il mourrait mille fois plutôt que de courber l'échine. Toutefois, son absence avait été de la lâcheté pour tous ceux qui n'avaient pas eut d'autres choix que de revenir. Qui n'avaient que Poudlard ou qui avaient été contraints par la force ou la terreur. Tiberius acceptait souvent que si lui ne craignait sans doute rien d'autre que les chaînes, il n'en était pas autant pour le reste des sorciers. Parfois, son cœur se pinçait quand il regardait vers un lit vide et blanc. Quand il s'apercevait que la fille avait qui il avait échangé sa première soufflette, chez les Poufsouffles n'était plus là. Que ce né-moldu avec qui il avait discuté de jeux vidéos était devenu fou à cause des doloris. Que ce gars chez les Serdaigles avec qui il avait tenté de drôles d’expériences magiques s'était fait assassiner en retenu. Tiberius se demandait s'il avait fait le bon choix, parfois. Un sentiment d'imposture lui prenait à la gorge quand il repensait au regard désespéré que lui avait lancé ce mage noir qui avait supplié longtemps alors qu'il avait eut la baguette du garçon sous la jugulaire. Tiberius avait d'avantage torturé qu'il ne s'était fait torturé. Quant à la position de Meg, sans doute n'était-il pas aussi héroïque qu'il se l'était convaincu. Sans doute avait-elle plus résisté que lui en faisant face à ses geôliers. Ou peut-être n'avait-il trouvé cette excuse de rébellion que pour exprimer une violence en lui qu'il avait plus ou moins bien dissimulé. Qu'importe le passé. Aujourd'hui, Meg le lui reprochait et sa main se serra. Il voulait la gifler comme un père giflerait sa fille pour son insolence. Il se contenta de hausser un sourcil. Il décida de jouer l'indifférence. La cruauté face aux morts, face à la souffrance et à la terreur qu'elle avait vécu, comme si cela pouvait être balayé d'un simple geste de la main.

« Beh voyons... » Il roula des yeux et acheva ce qu'il avait à dire. Incapable de la laisser avoir ne serait-ce qu'une fois raison. Pas avec ce qu'il venait de cracher. Pas maintenant qu'il avait été jusqu'au bout. Il sentait que s'il lâchait prise maintenant, que s'il se confondait en excuses et en pardons, il serait incapable de se regarder en face d'un miroir. Le mal de Meg lui semblait bien moins important que la préservation de sa fierté. Dusse-t-il être aussi stupide que ça

Mais peut-être que ce dernier mot saurait apaiser. Soulager. Il n'en était pas sûr. Il n'était même plus sûr de ce qu'il voulait dire alors qu'elle le regarda avec de grands yeux de biche. Il regretta. Il détestait ce regard-là qui lui arrachait les tripes et lui fendait le cœur. Celui de la complaisance. De la pitié. De la bienveillance tournée vers lui comme s'il eut été incapable d'être assez fort pour être traité avec rigueur. Cet aveux craché avec toute la peine du monde désirait retourner sous sa langue et forçait le passage de sa bouche. Il se mordait les lèvres avec une appréhension terrible. Il aurait aimé dire une méchanceté, n'importe quoi pour qu'elle arrête de le regarder comme s'il eut été une victime de plus dans cette période de ténèbres.

Puis elle se figea avec une simple question. Le bruit des talons dans les couloirs du cloître cessèrent de claquer contre la pierre. Les murmures discrets des élèves dans l'herbe s'évanouirent. Un long silence qui lui parut durer des éons siffla à son oreille et son visage de brisa. Tiberius n'avait espéré que la faire parler. Tout du moins, lui faire comprendre, peut-être, ses idées, son comportement. Il voulait la faire douter, lui faire entendre un message derrière ses cruautés. Mais jamais n'aurait-il pensé qu'elle le prendrait ainsi au mot. Comme si elle cessait de se débattre, de courir, de crier. Avec une simplicité qui faisait défaut à Tiberius, elle le désarçonna et le garçon resta les bras ballants, sans savoir comment réagir. Quoi dire. Quoi faire. Il haussa des sourcils, tournait la tête pour trouver un point de fuite tandis que ses lèvres balbutiaient quelque chose qui voulait s'habiller d'insolence. Mais il savait que ce désarmement brusque était visible à des kilomètres. Même pour Meg. Surtout pour Meg.

« Je... » Son regard cherchait dans le vide une réponse adaptée et dans la panique, il s'humidifia nerveusement les lèvres. Tiberius songea un moment que s'il était incapable de trouver une pirouette éloquente à cette simple question, c'était qu'il désirait, au fond, savoir. Il voulait savoir comment elle avait fait. Pourquoi elle était revenu à Poudlard. Ce qu'elle ressentait. Pourquoi était-elle si fidèle à sa famille là où lui avait été incapable de préserver la sienne. Il voulait lui dire aussi ses doutes. Ce qu'il avait sur le cœur. Ce qui le rongeait. Tout. Il se demanda un instant s'il ne pouvait pas... Seulement maintenant... Essayer de... Il soupira et eut un geste las de la main. Incapable. Il était incapable de lâcher le tel morceau face à elle. Et encore moins dans ces conditions. « Rien... Je ne veux rien savoir. T'as raison, j'étais pas là, l'an dernier. » Il leva les bras et sourit, mauvais et plein de haine puis les rebaissa. Il faisait de grands gestes grandiloquents et théâtraux. « C'est pas à moi de te juger. » Pendant un instant, il se rassura. Se roula dans sa propre satisfaction. Il n'avait pas été là mais il n'avait pas été inutile. Il n'avait pas accepté la situation. Il n'était pas revenu et il se souvint qu'il ne devait pas en avoir honte. Qu'ils aillent en Enfer, tous ces martyrs lamentables. « Je vais bien. Ca te va ? Tu es convaincue ? Tout le monde va bien, ici. Je crois que c'était ce que tu voulais entendre, non ? »

Tiberius épaula son sac, lassé de tous ces débats qui n'avaient aucun sens. Ils parlaient d'émotivité. De peine et de douleur. Il songea qu'il n'était pas la bonne personne à qui elle devait s'adresser. Finalement, il le savait bien: Elle ne comprendrait pas. Elle était incapable de comprendre. Elle semblait tellement affable qu'elle en devenait rageante. Tiberius eut de la peine. Il songea à la petite Maggie de l'époque. De cette petite Maggie dont il avait supporté tous ces traits qui, aujourd'hui, lui arrachait l'âme. Il se demandait ce qui avait tant changé. Il soupira et renversa sa tête en arrière pour prendre une espèce d'élan. Il plia légèrement les genoux pendant que son corps bascula en arrière. « Tu parles de vouloir savoir si je vais bien... Je sais pas ce que tu voulais vraiment mais la prochaine fois, viens avec un peu plus de pertinence, s'il te plaît. Ca nous évitera de tourner en rond, tu veux. » Il avança à côté d'elle et récupéra son bouquin.

Il songea que la situation était comique : Avec n'importe qui, aurait-il gardé son calme. Et Meg, avec ses sous-entendus ridicules et ses pitoyables tentatives de bienveillance lui avait d'avantage retourné les nerfs que des salades de propagandes prononcées par une professeure incompétente.


TIBERIUS H.
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Mer 7 Mar - 23:31
Tiberius semblait complètement indifférent à son reproche à peine dissimulé, haussant un sourcil dans une caricature de lui-même. Elle avait beau savoir qu’elle avait été mesquine en l’accusant de ne pas être resté à Poudlard, et probablement injuste, qu’il n’avait pas passé l’année dans un club de vacances, Meg avait été réellement blessée par son abandon, et plus encore aujourd’hui par son indifférence apparente. Elle avait eu peur de le décevoir, qu’il la prenne pour une enfant stupide ? Quelle importance, quand clairement, elle ne l’intéressait même plus du tout ? C’était la trahison ultime, sa froideur. Maggie n’était pas certaine de ce à quoi elle s’était attendue, au fond, pour qualifier leur relation (le mot « amitié » semblait moins approprié de minute en minute), mais ce n’était certainement pas ça.

Elle était loin d’imaginer que Tiberius prendrait sa compassion pour de la pitié, sa soif de camaraderie pour de la faiblesse et son affection pour du mépris. Enfant, elle l’avait toujours un peu mis sur un piédestal, comme un cousin plus âgé qu’on idolâtre sans oser le montrer de crainte de ne le lasser. Ils avaient grandi, avaient suivi des chemins différents, mais elle avait conservé une certaine admiration pour lui, et dans tous les cas une affection et du respect qui lui auraient interdit toute forme de mépris à son égard. Meg aurait été la première surprise d’apprendre à quel point son influence sur lui pouvait être importante en cet instant. Ses intentions n’étaient jamais allées jusque-là, et sans doute n’était-ce pas plus mal, car elle ne se serait que plus inquiétée pour lui, quand elle avait besoin de toutes ses forces pour se maintenir entière elle-même.

Elle luttait contre la peur panique qu’il venait d’insuffler en elle en se maintenant encore plus raide qu’habituellement, tendue par sa lutte intérieure. Lorsqu’enfin elle réussit à ressortir la tête de l’eau suffisamment pour poser sa question, ce simple « Qu’est-ce que tu veux savoir ? », la réaction du Serpentard ne l’aida pas. Elle pensait, non, voulait, avait besoin qu’il reprenne l’avantage, lui pose une question précise, la guide hors de cet abîme de torture morale dans laquelle il l’avait plongée. Au lieu de quoi, le voilà qui balbutiait à son tour, et elle pu voir une peur jumelle à la sienne monter dans ses yeux. Le voir si déstabilisé la laissa désemparée. Il n’y avait plus de triomphe sauvage à l’atteindre, plus de joie coupable à marquer des points dans cet étrange jeu auquel ils se livraient. Ils étaient comme deux noyés s’accrochant l’un à l’autre au lieu de battre des pieds pour remonter à la surface, coulant irrémédiablement, et le regarder plus longtemps lui fut soudain insupportable.

Toutefois, le potentiel de ce moment ne lui échappa pas. Il y avait un espoir dans la communion fortuite de leurs peurs, une entente tacite qu’elle n’avait encore jamais réussi à avoir avec quiconque depuis le début de l’année. Les autres repoussaient le sujet de leurs pertes et des cicatrices laissées par les années précédentes. Mais là, ils tenaient quelque chose. Elle n’était pas legilimens, mais se surprit à penser très fort « communique, communique », comme si elle pouvait pousser ses pensées vers lui, lui tendre une perche invisible. Il leur suffisait de pas grand-chose, et s’il était là à lui tenir la main, alors peut-être qu’elle aurait le courage de regarder l’abîme et… Et rien. D’un simple geste, il venait de refermer la porte entre eux et le moment tenu était parti. Meg sentit sa propre peur refluer, maintenant qu’elle n’était plus au pied du mur. Tiberius ne voulait rien savoir ? L’énergie de ses gestes démentait toute tentative d’indifférence, pourtant et il lui fallut un moment avant de réaliser quel était le problème. Tib était lâche. Ni plus ni moins qu’elle-même, peut-être, mais lâche. Le grand Tiberius H. Avery, rebelle patenté, avait trop la trouille pour affronter un démon quand elle le lui proposait, et cette inversion soudaine des rôles ne lui réussissait pas du tout.

« On peut se parler sans se juger, tu sais. Juste discuter. Ça se fait, entre amis. »

Cette sale manie qu’il avait de vouloir tout intellectualiser, de disséquer chaque pensée, de peser chaque mot. La justice, c’était un concept trop rigide pour pouvoir s’appliquer à leurs expériences de la guerre. On n’avait pas à porter de jugement sur leurs émotions, juste à les libérer, et il était trop borné pour l’admettre. Et puis, il pouvait bien dire qu’il ne la jugeait pas. Qu’est-ce qu’il venait de faire, deux minutes auparavant, en lui balançant que son bonheur était faux et que ses non-dits étaient des crimes ? Elle exhala doucement, laissant la grande tension des derniers instants s’échapper. Elle l’observait se draper dans sa dignité et sa mauvaise foi, à radoter de nouveau sur le « tout va bien » et à sa grande surprise, elle s’aperçut que cette fois-ci, le manège la laissait relativement indifférente. Oh, elle était triste de l’entendre cracher implicitement sur leur complicité passée ; elle avait cru jusque-là qu’ils possédaient en commun un héritage de ces confidences enfantines. Mais son énième rejet ne la meurtrissait pas comme les précédents. Il avait cassé tout seul un mythe. Lui qu’elle avait tant admiré pour sa capacité à analyser, à prendre du recul, à voir le monde sous des angles dont elle n’aurait pas simplement soupçonné l’existence, l’avait aiguillonnée avant de faire preuve de lâcheté quand elle lui avait retourné la question.

« Tu me déçois. »

Le ton était calme et ferme, ni accusateur, ni hésitant. Elle était immensément déçue de voir qu’il préférait encore faire semblant de s’en ficher quand elle-même avait été prête à se donner toute entière. Elle supporta son regard tandis qu’il ajustait son sac, avec la sensation tangible que quelque chose était en train de se fermer en elle, de geler, laissant une douleur qui peut-être avait toujours été là, mais dont Tiberius venait seulement de révéler l’existence. Qu’ils aient réussi à communiquer et maintenir leur amitié jusque-ici avec des visions du monde aussi diamétralement opposées avait tenu du miracle, ne rendant leur relation que plus précieuse, mais l’accroc fait aujourd’hui était bien plus profond que tous les précédents réunis.

« J’étais sincère. Désolée de t’avoir fait perdre ton temps. »

Une demi-heure plus tôt, qu’il lui demande « plus de pertinence » dans ses propos, comme un maître d’école à un élève distrait, l’aurait blessée et plongée dans une honte profonde. Mais plus maintenant. S’il s’obstinait à faire cavalier seul, à la tirailler sans pour autant faire un seul pas vers elle de son côté, c’était lui qui passait à côté de quelque chose. Margaret avait repris les intonations polies, aimables et neutres qu’elle aurait employé avec des invités croisés au hasard lors d’un cocktail, plaisante et fade. Il était parfaitement clair que son « désolée » tenait bien du reproche et non de l’excuse.

Un léger soupire lui échappa malgré tout, scellant son incapacité à être parfaitement composée devant le Serpentard.

« Au revoir, Tiberius. »

Une légère note de regret dans ces derniers mots, un dernier regard franchissant la barrière de ses cils pour mieux observer dans sa globalité ses mouvements tandis qu’il attrapait son livre. Lentement, elle tourna les talons. Ses runes l’attendaient, et elle avait hâte d’être plongée dans une traduction alambiquée qui demanderait toute son attention et l’empêcherait de le voir tel qu’elle se le représentait dans sa tête, faussement alangui sous le soleil, le regard inquisiteur. Elle devinait déjà que le soir venu, ses mots la hanteraient quand elle chercherait le sommeil, et elle était presque certaine qu’elle ferait des cauchemars cette nuit. Tib venait d’être incroyablement désagréable, mais il avait réussi à profondément la remuer, et le dilemme moral qu’il avait planté en elle n’était pas près de disparaître.
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Sam 10 Mar - 2:27
Une sérénité qui n'était qu'apparente avait enveloppé les attitudes princières de Tiberius. Il reprenait doucement ses affaires et contrôle sur ses émotions. Ses pensées se bloquèrent et une fusion furieuse se concentra entre ses tripes, comme un tourbillon ardent qui attendait de refroidir. Il avait l'impression que ça pouvait sortir à tout moment et lui eut la sensation de vouloir vomir. Il serrait la mâchoire pour s'empêcher de parler ou de régurgiter physiquement ce qu'il avait brusquement ravalé face à Meg. Son visage était fermé et ses gestes étaient altiers. Il se retourna, à l'entendre parler de jugement.

Quelque chose gronda en lui. Comme un grognement animal qui remontait jusqu'à son sternum. Une boule au cœur cimenta sa poitrine dans une lourdeur terrible. Il avait besoin de soulever fort la poitrine pour amener l'air à ses poumons. Comment pouvait-elle parler ainsi ? Oh, Tiberius était le roi de la mauvaise foi et des retournements de situation. Il le savait et ne s'en cachait pas lorsqu'il devait s'en justifier. Mais Meg... Cette petite Meg qui se targuait d'honnêteté intellectuelle, de générosité humaine et de démagogie vomitive... Tiberius la trouva si culottée qu'il voulut lui fourrer l'évidence sous le nez. Il songea une seconde à lui apprendre à qui elle osait parler de jugement. Elle qui avait jugé ses manières et ses attitudes. Qui avait jugé sa relation avec sa propre famille. Qui avait jugé ses grandes bravades dramatiques. Si Tiberius avait redouté ce moment où Meg viendrait parler de cet incident en cours de potion, c'était qu'il la savait plus critique qu'elle ne le laissait entendre, elle et ses inquisitions de braves gamines bien rangées. Qu'elle joue l'ouverture d'esprit face à tous ceux qui se pâment devant sa bienveillance timide ! Mais pas devant lui... Il desserra les dents et s'apprêta à rétorquer. Mais la gentille et timide Meg l'acheva d'une phrase sèche et qui ne demandait guère de commentaire.

Il ouvrit grand ses yeux, surpris et outré par cette remarque. Il la jugea de la tête aux pieds comme si sa seule présence avait été pour lui une faute de goût. Ce qui commençait à se calmer en lui s’enragea d'avantage et commençait à bouillir en petits blops fulminants. Il se demandait de quel droit se sentait-elle légitime de se sentir déçu. A quel moment avait-il laissé entendre qu'il avait besoin de son approbation ? Certainement sans le vouloir, Meg avait touché un point sensible chez l'aîné des Avery. Un point sensible pour les autres plus que pour lui car en vérité, s'il ne l'avait pas encore emplafonné, c'était que les us l'en empêchaient. Il s'imagina pendant une courte seconde. Une force dans ses bras gorgea ses muscles et rétracta ses pupilles brusquement. Il avait envie de lui casser son petit nez retroussé. De lui exploser les pommettes pour en faire de la poudre. Lui éclater le front contre la brique du mur encore et encore et encore jusqu'à sentir son crâne se briser ou sa mâchoire tomber. Tiberius déglutit. Il battait rageusement des cils et ne put prononcer qu'un « Pardon... ? » fébrile, ricanant nerveusement. Il ne s'était pas rendu compte : Il s'était penché sur elle et avait tourné la tête dans une attitude de menace qu'il ne remarqua qu'à peine. Mais il n'arrivait pas à bouger. Quelque part, il pensait qu'un seul mouvement lui ferait faire des choses regrettables. Pourtant, sa tête lui tournait et il eut la sensation d'un gouffre sous ses pieds. Tiberius resta silencieux et immobile. Il avait l'impression qu'il allait exploser. Et alors qu'elle commençait à s'éloigner doucement, il la suivit du regard, plein d'une rage qu'il défoula qu'une fois qu'elle fut assez loin pour ne pas l'entendre ni le voir.

« PUTAIN DE... RHA ! VA TE FAIRE FOUTRE ! TOI ET TES FAUX-SEMBLANTS DE MERDE ! MERDE ! MERDE ! » Il tapa le mur d'en face du plat de la main et s'animait brusquement. Ses yeux devinrent vitreux et rouges. Sa respiration s’essouffla comme un vieil aspirateur. Quelques élèves le contournèrent soigneusement ou firent demi-tour, le voyant monopoliser l'espace à coup de grands gestes virulents. Au bout d'un court moment, Tiberius se rendit compte de quel genre d'attention il avait porté sur lui. Sans oser tourner la tête, il se calma, reprit sa respiration et jeta un coup d’œil furtif pour confirmer que son impulsivité publique était ridicule. Il ne croisa aucun regard et décida de retourner, d'un pas rapide et la tête baissée, dans sa salle commune où il pourrait fulminer et calmer une colère sourde dont il ne comprenait pas la violence pour un si stupide accroc.


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