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J'ai tendu des cordes de clocher à clocher, des chaînes d'or d'étoile à étoile [Ian]

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Serdaigle
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Mer 6 Juin - 22:37
Mardi 10 novembre 1998


Puck hulula d’un air endormi dans sa main, et Meg le caressa avec affection, sentant les plumes lisses glisser sous ses doigts. La volière n’était pas l’endroit le plus confortable du monde, mais une fois le rebord de l’une des hautes fenêtres récurvité pour en enlever les fientes, on pouvait s’y asseoir et observer le ciel étoilé sans crainte d’être dérangé. Le ciel était suffisament dégagé pour qu’elle puisse admirer les astres ce soir. Il faisait froid, mais elle avait appliqué un sort calorifère à sa robe de chambre. Elle aurait sans doute dû enfiler sa cape, mais elle ne l’avait jamais fait l’année dernière, et n’y avait pas plus pensé ce soir. Comment aurait-elle justifié aux Carrow et à leurs sbires s’être habillée pour sortir, quand expliquer pourquoi elle était hors de son lit tout court était déjà assez difficile ? Heureusement, la seule personne l’ayant jamais surprise dans ce genre d’expédition nocturne était Hippolyte, avec les conséquences que l’on savait.

Venir ce soir malgré le couvre-feu avait été un jeu d’enfant pour qui, comme elle, s’y était risqué tout au long de l’année dernière dans des circonstances bien plus difficiles. Elle connaissait par cœur les horaires des rondes des préfets et si l’on n’était jamais à l’abris d’être surpris par Peeves ou Miss Teigne, elle était si discrète dans ses ghillies, qu’elle aurait toujours eu le temps de se cacher si elle les avait détectés. Du moins, c’était ce qu’elle s’était toujours dit pour se rassurer, et elle avait toujours été chanceuse jusque-là.

Elle ne savait pas trop ce qui l’avait poussée à revenir ici et briser le règlement sans aucune autre raison qu’elle le pouvait. L’envie de voir Puck, peut-être. Son hibou avait la particularité d’être diurne : alors que les autres pensionnaires de la volière étaient quasiment tous sortis prendre l’air, chasser ou livrer du courrier dès le coucher du soleil, le sien dormait à moitié entre ses mains. Elle coula un regard affectueux sur l’oiseau. A se demander à quoi lui servait ses troisièmes paupières, lui qui roupillait à chaque fois que le soleil aurait risqué d’éblouir ses grands yeux de feu.

Ou peut-être était-ce juste le plaisir de faire une bêtise, même si personne ne le saurait jamais. Etre venue ici lui redonnait la sensation d’être capable et pleine de contrôle, et elle en avait bien besoin après les événements du début du mois. Meg était sortie de l’infirmerie depuis une semaine, et son front avait repris une couleur normale, mais son sommeil restait agité. La vérité était peut-être tout simplement qu’elle fuyait une insomnie. Demain serait terrible pour rester concentrée en cours. Elle avait un double cours de Défense contre les forces du mal le matin, qui ne lui faisait pas trop peur : le professeur Smith ne demandait rien d’autre que l’on se tienne tranquille dans sa classe, et elle pourrait rester passive jusqu’à la partie pratique. De toute manière, elle n’avait jamais été douée quand il fallait appliquer les sortilèges dans cette matière, alors, faire acte de présence suffirait. Au besoin, elle sécherait le déjeuner pour faire la sieste avant le cours du professeur Mora. Avec lui, ça n’était pas possible de faire semblant d’être concentrée, et rien que l’idée d’aller en cours lui tordait déjà un peu le ventre.  

Mieux valait ne pas y penser tout de suite. Elle pencha un peu la tête au-dehors, juste assez pour ne pas perdre l’équilibre, et respira profondément l’air de la nuit. Elle n’avait pas la prétention de penser qu’elle était la seule personne éveillée du château, mais elle était seule dans la tour, et cet instant de solitude rare était agréable.

Ce ne fut pas un bruit qui attira finalement son attention, mais au contraire le silence. Les battements d’ailes et piaillements des quelques chouettes qui n’étaient pas à la chasse avaient brusquement cessé. Quelqu’un était là. Meg sentit son cœur accélérer brusquement et se releva d’un bond à l’équilibre précaire, manquant de déraper sur une fiente et tanguant un peu, ce qui ne l’empêcha pas de brandir sa baguette devant elle. Puck, qu’elle avait un peu trop serré durant l’opération, émit un hululement indigné.  Le sang battant aux tempes, elle regarda la silhouette émerger de l’ombre, interloquée :

« Ian ? »


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Serpentard
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Ven 8 Juin - 23:44
La fenêtre s’était ouverte sans bruit. Ian lança, plus qu’il ne le laissa s’envoler, le petit hibou à l’extérieur qui n’avait cessé de s’agiter pendant toute sa remontée des cachots jusqu’à la première fenêtre accessible qui donnait sur le parc. Qui n’était pas toute près. Il avait enfilé un sweat-shirt par dessus son pyjama, s’était enroulé dans son écharpe et avait enfilé une paire de chaussures enchantées pour être aussi silencieuses que les coussinets d’un chat.

Detoo était un compagnon à plumes assez agréable en soit. Il ne prenait pas trop de place et coûtait peut être un peu plus cher que les autres hiboux en nourriture (il n’aimait pas chasser quand il lui suffisait de hululer auprès des filles pour avoir ce qu’il voulait) mais était assez affectueux pour faire vite oublier ce détail. Évidemment il n’était pas très utile. Mais un chat non plus ça n’était pas utile et on ne le leur reprochait pas. Mais Detoo avait des petits sauts d’humeurs et était capricieux.

Ian referma la fenêtre et s’immobilisa un instant. Il lui avait semblé entendre un bruit. Une seconde, deux secondes. Cinq, … rien. Il se détendit un peu et fit quelques pas. Pour sursauter quand un énorme pong raisonna dans le couloir. Quelques tableaux se mirent à chuchoter. Ian grimaça et se tourna lentement. De l’autre côté de la vitre Detoo peinait à tenir sur ses deux pattes. Il se mit à tapoter le verre. Ian le voyait s’égosiller mais pas un son ne lui parvenait. Sauf ses petits coups réguliers. Soupire. Il alla lui ouvrir et referma immédiatement les mains sur lui pour l’empêcher de réveiller tout le château.

Perchée sur la cheminée de la salle des Serpentard, on aurait pu le prendre pour un objet de décoration. Une petite figurine silencieuse. De temps en temps il ébouriffait ses plumes, laissait échapper un petit roucoulement puis retrouvait son immobilité. Vers la fin de la journée il s’était enfin réveillé pour se pavaner devant les premières années. Il avait chipé des morceaux de nourriture (c’était un miracle qu’il ne soit pas obèse) et profité que les élèves quittent le dortoir dans le but d’aller dîner pour sortir prendre l’air. Il avait fait son grand retour en même temps que les élèves de troisième années revenaient de leur cour d’Astronomie.

S’il n’avait pas le coeur à le laisser dehors alors que son ami (c’était un bien grand mot, à ses yeux Ian devait juste être l’un des parfaits crétins parmi tant d’autre qui ne cessait de le nourrir) à plumes n’en avait clairement pas envie il était également hors de question qu’il le laisse continuer à se donner en spectacle chez les Serpentard. Le milieu de la nuit (ou une heure très avancée du matin) n’était pas une heure décente pour ça. En revanche il avait bien moins de remords à l’abandonner à la volière où il pourrait y faire tout le tapage qu’il souhaitait. Ian enfouit Detoo dans la poche de son sweatshirt. Il continuait à le tenir pour étouffer ses piaillements suraiguës.

Deux des cinq élèves du second dortoir des sixième années de Serpentard agitaient leur baguette vers le plafond. Le troisième ronflait. Le quatrième lançait des injures à Ian et son hibou. Demain Mora allait les défoncer, fais lui fermer sa gueule, bordel !. Finalement, après beaucoup de galère et avoir utilisé une chaussure comme projectile, Ian avait réussit à s’emparer du volatile. Dans la salle commune il avait croisé un Max profondément endormit (ou alors son cadavre, peut-être). Il l’avait laissé sur son canapé allégé du poids de quelques bricoles qu’il avait trouvé dans ses poches. Des créatures marines un peu curieuses avaient observés Ian à travers les fenêtres.

Finalement Ian regrettait beaucoup sa décision de crapahuter dans tout le château à une heure pareille. A chaque marche montée ses mollets criaient qu’on leurs donne le coup de grâce. Ses poumons n’en menaient pas large non plus. Il s’offrit une pause de quelques minutes lorsqu’il dut se cacher dans un passage secret, le temps que Peeves s’en aille embêter Rusard qui, d’après les babillements de l’esprit frappeur, était un peu plus bas. Ian réalisa complètement l’absurde de la situation en même temps que l'adrénaline de cette rencontre inopinée s’évaporait. Il était en train de déployer des efforts monumentaux simplement pour amener son hibou capricieux avec ses copains… Maintenant qu’il était parfaitement réveillé, il ne pouvait que s’émerveiller de sa capacité à prendre des décisions de merde. Il continua son escalade.

Ses chaussures enchantées étaient usées. Elles couinaient un petit peu lorsqu’on tapait trop le talon contre le sol. Les tableaux qui se trouvaient sur son chemin s’animèrent légèrement, se réveillant devant l’opportun. Ian prit grand soin de ne pas les regarder. Comme les armures qui bougeaient, jamais il n’arriverait vraiment à se faire à toute cette agitation chez les oeuvres d’art. Surtout pas au milieu de la nuit dans un décor digne d’un film d’horreur (il avait commencé bien trop tôt malgré les ronds de couleur qui le lui interdisaient). Une de ses plus grandes craintes restait qu’un jour une gamine de première année se ramène avec une poupée enchantée capable de bouger et parler.

Ian s’arrêta dans les escaliers exigu qui menaient vers la volière. De sa main libre (l’autre était toujours occupée à maintenir Detoo) il s’alluma une cigarette. Ian souffla doucement la fumée par sa bouche en “o” puis reprit sa route. Plus que trois marches. Et il serait libre. La descente ne lui paraissait que délicieuse. Et il pourrait s’accorder dix minutes de pause. Être entouré de fientes d’oiseaux ne le dérangeait pas vraiment à cet instant précis.

Une silhouette se découpait par la fenêtre et Ian la vit commencer une série de figures acrobatiques compliquées. Son hibou lui donna une mauvaise note. Detoo y répondit joyeusement. Ian laissa échapper un espèce de ricanement enroué. Margaret Bride (qui d’autre?) prit la parole.

Meg ? T’as pas réussi à trouver le mot de passe pour rejoindre ton dortoir ? Y’a des endroits plus confortable que la volière pour dormir.




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Les masses  ne se révoltent jamais de leur propre mouvement, et elles ne se révoltent jamais par le seul fait qu'elles soient opprimés. Aussi longtemps qu'elles n'ont pas d'élément de comparaison, elles ne se rendent jamais compte qu'elles sont opprimées.

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Serdaigle
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Dim 10 Juin - 1:35
Elle n’aurait pas du venir ici, elle n’aurait pas du briser le règlement sans bonne raison, elle était folle. Cette silhouette pouvait être celle d’un prof, et elle allait faire perdre un tas de points à Serdaigle et le peu de popularité dont elle jouissait fondrait comme neige au soleil. Pire, c’était peut-être un intrus, comme celui du bal de Samain, prêt à la rôtir ou la transformer en plume ou elle n’en savait trop rien. Si on la transformait en plume dans la volière pleine de plumes ordinaires, qui penserait jamais à lancer Reparifagex sur elle pour lui rendre forme humaine ? Rusard la balayerait, la mettrait à la poubelle et adieu Meg Bride.

Toutes ses pensées effrayantes lui traversèrent l’esprit tandis qu’elle patinait brièvement sur de la fiente de hibou, et redescendirent fort heureusement en même temps qu’elle retrouvait son équilibre. C’était Ian Persson, drapé dans la banalité de sa cigarette à l’odeur désagréablement familière. Margaret rangea sa baguette, soulagée, et relâcha Puck, qui s’envola pour mieux venir se percher sur son épaule, visiblement indigné, ses grands yeux rouges comme deux feux de signalisation interdisant à l’intru d’approcher.

Meg rougit dans le faible contre-jour et fit quelques pas vers le Serpentard. Elle n’avait rien oublié du tout ! Elle… Elle n’avait aucune raison valable d’être là, en effet.

« Je venais voir Puck. Il chasse le jour, alors je ne le croise jamais, sinon. »


Puck était une bonne excuse pour ne pas parler d’insomnie, de désir d’isolement ou de la beauté des étoiles. Ian aurait sûrement ri si elle avait évoqué le plaisir qu’elle trouvait à admirer les constellations, ces jolis diamants qui racontaient des histoires merveilleuses dans le ciel. Elle aurait aimé avoir l’humour facile et décontracté de son ami, et son sens de la répartie aussi, mais c’était difficile. A elle, les bons mots venaient toujours une demi-heure après les faits, et la moitié du temps, ils lui semblaient si grossiers qu’elle n’aurait pas osé les dire à voix haute pour commencer. Alors que dans la bouche de Ian… « Et toi, quel hibou t’amène à la Volière à une heure pareille ? » S’il venait bien pour un oiseau, mais elle avait entendu le pépiement caractéristique près de lui. Detoo ou Artoo ? Elle confondait les coursiers des jumeaux Persson. Il lui semblait que le gros était à Billie, qui s’en était déjà servie pour lui envoyer des messages, mais en même temps, le tout petit n’aurait pas pu les transporter tout seul, si ? Elle voulait voir.

« Lacarnum Inflamarae. » murmura-t-elle au tas de fientes rassemblé dans un coin, qui s’embrasa avec promptitude. Elle connaissait la volière par cœur dans le noir, pour l’avoir longuement pratiquée l’année précédente, mais avoir une conversation à l’aveuglette n’était pas très agréable quand on avait de la compagnie. Elle préférait s’éclairer avec la lumière des flammes qu’avec un bête Lumos. C’était plus chaleureux. Et surtout, elle avait découvert depuis quelques jours qu’elle adorait enflammer les choses. C’était si facile, si naturel, les flammes jaillissaient de sa baguette au moindre mot caressant l’air. Hauteur, chaleur, couleur : elle contrôlait tout. Elle était maîtresse de ces feux-là, et ils ne la brûleraient pas. L’Inferno affronté au bal de Samain lui avait finalement laissé plus que quelques brûlures cicatrisées. Après une bonne semaine à éviter stupidement toutes les cheminés de l’école, voilà qu’elle était désormais la première volontaire pour les rallumer. Quel mal pouvait-il bien y avoir à ça ?

Elle releva la tête pour observer Ian, éclairé par la lueur mouvante de son feu de camp improvisé. C’était bien le petit hibou qu’il avait avec lui. Leurs congénères, gênés par la lumière soudaine, avaient fermé leurs paupières externes. L’un d’eux décida plutôt de prendre la fuite dans la nuit et se lança par la fenêtre en lui frôlant le crâne au passage. « Cette excursion nocturne… Ça restera entre nous, n’est-ce pas ? » Elle se sentait un peu mesquine de demander ça, comme si Ian était un rapporteur, mais c’était important. La Volière de nuit était son jardin secret à elle, et elle tenait à ce qu’il le reste. Ça ne concernait pas les profs, mais pas non plus ses amis.


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Lun 6 Aoû - 2:02
Ian haussa un sourcil, jeta un coup d’oeil à Puck. Le hibou tirait la gueule, mécontent d’être ainsi dérangé dans le tête à tête (observé par moins d'une dizaines d’oiseaux de toutes plumes) avec sa maîtresse. Il avait bon dos le vieux hibou des Bride. Puis Ian se rappela la raison pour laquelle lui-même était en haut de cette tour. Elle ne valait sûrement pas beaucoup mieux. Il se contenta donc d’un bref hochement de tête à peine perceptible alors qu’il sortait Detoo de sa poche. Meg avait la poisse. Elle était embourbée dedans comme un oiseau dans le mazout. Peut-être que la prof de Divination réussirait à voir un esprit malfaisant flâner autour d’elle. Peut-être que la Serdaigle trouvait l’air apaisant entre ses murs. Tout à coup Ian le trouvait trop lourd. Il se sentait coupable d’avoir dérangé Margaret et sa visite à son hibou. Elle brisa le silence qui s’était interposé pour lui retourner sa question.

Un soufflement de nez amusé. Ian retrouva bien vite son sourire goguenard, bouclier à toute épreuve contre l’empathie paranoïaque. Il laissa ses mains s’ouvrir sur Detoo, qui hurla sa joie d’être enfin libre. Le petite oiseau ouvrit ses ailes, s'ébouriffa et bomba le poitrail, n’en ratant jamais une pour faire le fanfaron. Il ne prit pas son envole. Les serres de Detoo s’enfoncèrent considérablement dans les mains de Ian, traduisant comme il le pouvait sa surprise lorsque des flammes surgirent du sol.

La surprise de Ian, quant à elle se traduisit par un haussement de sourcils (principale source de communication chez lui) et un glapissement de douleur. Il était habitué aux petits accrochages avec Detoo qui n’était jamais bien précautionneux, mais dans l’immédiat ce petit crétin ne l’avait pas raté. Difficile de lui en vouloir. Ian décrocha rapidement (moins qu’il l’aurait souhaité) le hibou de sa main et le laissa s’envoler loin de la source trop vive de lumière qui ne plaisait pas trop aux quelques compagnons emplumés autour d’eux.

Les flammes faisaient danser des ombres gigantesques et inquiétantes sur les murs à chaque battement d’ailes d’oiseau. Ian tira sur sa cigarette. Sa main égratignée pendait mollement contre ses jambes de flamand rose. La pièce n’allait pas tarder à se réchauffer. Il observa Meg qui avait l’air ensorcelée par le feu qu’elle venait de créer. Un peu trop absorbée, peut-être. Il avait entendu parler de ce qui lui était arrivé lors du bal, quelques jours après la bataille, principalement par le biais de sa petite soeur. Catriona avait exprimé de long en large son inquiétude à travers la salle commune et sans participer aux consolations vis à vis de la cadette des Bride, Ian n’avait pas échappé à ses plaintes. Elle avait vécu l’enfer, c’était terrible. Que faisait l’école ? Il avait une autre question. Que faisait Margaret a allumer des feu au milieu de la volière en pleine nuit? Lui aussi happé par les flammes bien réelles qui se trémoussaient sans honte devant  eux, il s’installa confortablement dans ce silence seulement perturbé par les crépitements du feu. Il n’avait pas envie d’avoir de réponse au fond. Ce n’était pas lui le fin psychologue du duo Persson. Ou l’amicalement vôtre.

Encore une fois la voix de Meg s’éleva dans l’air, assurée. Ian tourna la tête vers elle. Il ne répondit pas tout de suite, l’évaluant du regard. Elle était encore cernée et semblait épuisée. La carapace qu’elle s’était forgée pour survivre à sa famille (ou de par son éducation, tout dépendait de la version) se fissurait doucement, mise à mal par les épreuves de Poudlard qui reprenait de plus belles. Il haussa les épaules. “Si le château prend feu et nous avec dis toi que tu n’auras pas beaucoup de soucis à te faire à propos de ton secret.” Blasé juste ce qu’il faut, de façon presque comique, comme ses mannequins trop maigres qui tirent la tronche sur les podium des défilés. Ian envoya le mégot de sa cigarette dans les flammes. Il ne tint pas longtemps avant de sortir son paquet de sa poche. Face au poids du silence et des émotions tellement lourdes que même lui arrivait à les déchiffrer, il valait mieux cloper. Après s’être servi il tendit le paquet à Margaret. Il savait qu’elle détestait ça. Il ne manquait pas de remarquer son petit air pincé et ses regards désapprobateurs à chaque fois qu’il allumait une cigarette devant elle. Fumer pour Meg devait être l’équivalent de renvoyer chier ses parents en les insultants copieusement, mettre le feu à des poubelles ou tousser dans un cours de Mora. La défiance et le mal ultime. Il n’y avait pas de petite étape vers le décoinçage de cul. “Ça restera aussi entre nous. Mais quitte à cramer des trucs autant que ça soit ça.




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Mar 7 Aoû - 19:51
Meg fit quelques pas pour se rapprocher du feu, observant son chef d’œuvre. La fiente n’était pas le combustible le plus durable, mais ça s’enflammait bien. Elle tendit les mains pour s’y réchauffer. La volière se trouvait transformée par la lumière mouvante des flammes. On se serait vraiment cru revenu au Moyen-Age. Peut-être que Poudlard ressemblait à ça, du temps des fondateurs.

Elle éclata d’un léger rire à la remarque d’Ian, même si sous son regard insistant, son propre sourire trahissait un léger malaise. Non, évidemment qu’elle n’allait brûler personne, elle était même un peu insultée qu'il le sous-entende. Machinalement, elle se frotta le front d’une main, là où quelques jours plus tôt encore, on pouvait voir la décoloration laissée par sa rencontre avec l’Inferno. « Je ne suis pas certaine que du hibou grillé serait un plat très comestible. » C’était juste un joli petit feu pour les réchauffer. La lumière creusait les ombres sur le visage de son ami, qui lui apparaissait presque taillé à la serpette. Elle n’avait rien fait de mal, et économisait sans doute même du travail à Rusard. Ici, c’était le lieu de tout Poudlard où elle se sentait le plus en contrôle. Si sa petite création lui avait échappé, elle ne l’aurait pas supporté et en conséquences, tout était fait pour que ça n’arrive pas.

Elle resta un peu bouche bée quand il lui tendit le paquet de cigarettes, un peu gênée qu’il ait semblé remarquer son attirance pour le feu, aussi. Pour elle ? Mais qu’est-ce qu’il voulait qu’elle en fasse ? Les lui cacher pour qu’il arrête ? Oh. Elle attrapa une cigarette avec un « Beurk » involontaire et le regarda comme si lui, plus que son brasier, risquait de lui brûler les mains. On aurait dit une poule qui avait trouvé un couteau. Elle lui lança un regard : « T’es sûr ? » Les cigarettes étaient vulgaires, dangereuses pour la santé, coûtaient cher, sentaient mauvais. Même les jolies pipes, les cigares coûteux, les porte-cigarettes censés féminiser la chose pour les gens de la haute ne l’avaient jamais attirée. Toutefois, Ian avait le bon argument pour ce soir : c’était tentant de vouloir enflammer une chose supplémentaire. L’Inferno et ses fumées lui avait sans doute bien pris plus que six minutes de vie, alors, elle n’avait plus grand-chose à perdre.

De la pointe de sa baguette, elle enflamma l’extrémité orange de la cigarette, d’une mince flamme haute. Trop haute pour ce qu’elle faisait réellement, mais bon, c’était la partie la plus amusante. Ok. Et maintenant, elle supposait qu’il fallait mettre le bout blanc dans la bouche et… Et quoi, exactement ? Inspirer à travers ? Souffler ? Par le nez, par la bouche ? Meg tenta un peu les deux et s’emmêla si bien les pinceaux qu’elle se retrouva pliée en deux à cracher de la fumée, un goût âcre dans la bouche. Puck, qui avait jusque-là sagement attendu sur son épaule, s’envola dans un hululement indigné, manqua de s’emplafonner dans le visage de Ian dans sa fuite aveugle, et gagna finalement de plus hautes sphères de la tour, là où les humains daigneraient enfin le laisser dormir en paix. Meg, indifférente à cette cavalcade emplumée, attendit d’avoir fini de tousser pour articuler : « Mais c’est vraiment affreux ! Comment tu peux supporter ça ? Et… et la fumée ! » Elle avait l’impression d’être un dragon enrhumé, avec toute cette masse d’air gris dont elle ne savait pas quoi faire. Sa voix était celle d’un chaton enroué.

Elle inspira profondément, et se recula d’un pas, sa quinte de toux l’ayant dangereusement rapprochée du feu. Ses joues étaient toutes rouges, et ses cheveux blonds échappés en halo donnaient presque l’illusion qu’elle allait s’embraser elle-même. Elle dévisagea Ian, juste pour voir comment il manipulait la chose. Lui arrivait à rendre son horrible cigarette presque élégante, et elle se demandait bien comment. « Tu t’es fait mal à la main ? » Il lui semblait voir des traces rouges dessus, mais peut-être n’était-ce que l’un des reflets dansants du feu.


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Dim 12 Aoû - 19:50
Margaret réagissait à son offrande comme une enfant. Grimaçante, beurk, il n’aurait pas été étonné de la voire se boucher le nez en tirant la grimace accompagnant le tout d’un “Ça pue, c’est dégoûtant!”. Mais elle accepta le petit défis contre les barrières qu’elle s’était imposée dans la bienséance et bien pensance. Ian s’en retrouva agréablement étonné. Un peu soulagée également. Il n’aimait pas son délire étrange sur le feu. Ça le rendait mal à l’aise. Comme s’il était face à une scène qu’il n’aurait pas dû voir. La petite Maggie laissait voir des traits de personnalité qu’il n’était pas sûr d’apprécier pleinement encore. Poudlard et ses adolescentes.

Non, pas comme ç-” Trop tard. Le filtre était allumé et une odeur nauséabonde s’en échappait déjà. Et elle avait utilisé sa baguette. Il remit son briquet dans sa poche. Les sorciers avaient un don certain pour se rendre ridicule en compliquant les choses.

Ian évita le hibou indigné d’un bref mouvement avant d’éclater de rire, sans se soucier du tapage qu’ils étaient en train de faire tout les deux. Si quelqu’un passait dans le coin ils allaient se faire choper. Tant pis. Ça paraissait risible à côté des évènements du bal.

Maggie avait un don certain pour se rendre ridicule en compliquant les choses. Et Ian n’arrivait pas à partager son malheur, beaucoup trop occupé à se marrer. “Tu fais n’importe quoi.” Après avoir passé autant de temps entre Tiberius, lui et sa soeur il se serait attendu à un échec moins stupide. Margaret manquait d’observation. Eviter de regarder l’objet du délit. “Attends.” Au moins on ne pouvait pas dire qu’elle manquait d’enthousiasme. Même si elle ressemblait à un petit chiot apeuré face au grand danger de la cigarette. Même en arrivant à lui faire fumer une cigarette en entier, Ian était persuadé de ne pas avoir une quelconque dépendance sur la conscience. Que les parents Bride se rassure, même lui n’arriverait pas à corrompre leur petit bijou.

Coinçant la cigarette qu’il avait à la main (et qu’il n’avait pas prit le temps d’allumé, trop occupé à admirer le spectacle comique que lui offrait son amie) derrière son oreille, Ian sortit de nouveau son paquet de cigarettes pour en sortir une autre. Cette fois il ne comptait pas la lui donner tout de suite. Qu’on ne gâche qu’une cigarette à la fois. Il baissa néanmoins les yeux sur sa main à la réflexion teintée d’inquiétude de Meg. “Ça ? C’est rien, juste Detoo. T’inquiètes pas.” Quelques égratignures, plus où moins profondes. Les plus fraîches couvraient de toutes petites cicatrices laissées par son oiseau miniature. Un peu de sang perlait sur sa main, contrastant avec la pâleur exceptionnelle de sa peau et brillant d’un joli éclat donné par le feu. Ça picotait tout au plus. Il agita sa main pour montrer qu’il ne risquait pas de la perdre tout de suite.

Balance ta clope, t’as allumé le filtre. Si ça peut te rassurer ça te semblera beaucoup moins dégueu de fumer normalement.” Il lui sourit, moqueur. “Et t’as du tabac coincé entre les dents.” Elle ne s’en remettrait sûrement jamais, mais c’était très drôle de voir Meg dans tous ses états. Ian coinça la nouvelle cigarette entre ses lèvres pour l’allumer correctement. Il tira une première bouffée. “Aspire un peu, pas trop.” Ça lui semblait important de bien appuyer sur ce point, il ne voulait pas qu’elle se refasse une crise de toux. Ca tenait déjà du miracle que Miss Teigne n’ait pas encore fait son apparition ici (peut être que les chouettes et les hiboux de Poudlard la détestaient autant que les élèves). “Ensuite tu gardes un peu la fumée dans ta gorge, l’avale pas. Puis tu la recrache. C’est pas sorcier, tu verras.” Ian mit son explication à exécution. Et juste à s’entendre il se sentait complètement idiot. Il lui tendit l’objet du délit. “Et essaie de pas trop baver dessus.” Mais c’était juste une préférence personnelle.




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Lun 13 Aoû - 18:38
Meg aurait dû, et se sentait réellement ridicule. Elle se mettait toujours dans des situations invraisemblables en présence de Ian. Mieux valait ne pas trop repenser à son comportement lors de la Yellow Party, où elle s’était bêtement alcoolisée et avait fait une scène qu’il était bien bon de ne pas lui rappeler en permanence (si on arrêtait de compter le nombre de fois où il l’avait appelée Vomito). Quant à la fois où après qu’elle ait découvert Tiberius blessé, il l’avait quasiment traînée jusqu’à l’infirmerie… Non, elle ne voulait vraiment pas penser à cette fois-là. Il suffisait de retenir qu’elle était rarement à son avantage en sa compagnie, ou du moins, ne le restait pas très longtemps. Cette fois-ci ne faisait pas exception. Fallait-il qu’elle prenne des cours pour quelque chose d’aussi basique que fumer ? Apparemment oui. Un peu embarrassée, mais pas vraiment vexée, elle se laissa gagner par la bonne humeur qui agitait Ian, et quand elle eut finit de tousser, elle lui offrit un grand sourire plein de tabac.

« Tiens. » Elle fouilla dans la poche de sa robe de chambre et en sortit un mouchoir immaculé, orné de ses initiales, pour qu’il puisse essuyer sa main. Le voir saigner l’angoissait un peu, même si la quantité n’avait rien de comparable avec celle que Tiberius avait pu perdre en octobre. Elle regrettait de ne pas savoir lancer un Epiksey. Au fond de la poche, ses doigts rencontrèrent un autre objet familier, qu’elle sortit avec un sourire presque affectueux, avant de donner le mouchoir à Ian. « C’est plus facile de s’occuper de ton tamagotchi que de fumer, tu sais ? Il n’est mort que de vieillesse en presque deux ans. » Elle avait pris soin du jouet avec une fidélité impeccable et un peu stupide, glissant une pensée à l‘intention des Persson chaque fois qu’elle nourrissait la bestiole en pixels l’année précédente.

« Le filtre ? Oh. Désolée. » Sa voix commençait à s’éclaircir un peu. Elle ne savait même pas que ces machins-là avaient un filtre. Elle obtempéra et la lança dans le feu, la regardant se consumer avec satisfaction et sans doute un peu trop d’insistance. Il ne fallut pas longtemps pour que le mégot s’embrase, jusqu’à devenir indistinct du reste de la fournaise, mais il lui sembla percevoir une légère odeur de tabac grillé. D’un coup de baguette, elle orienta la fumée du feu pour qu’elle s’échappe par la fenêtre la plus éloignée du château, tournant presque à angle droit dans l’air pour l’atteindre.

Ian la ramena une fois de plus au présent, la rendant plus écarlate que jamais. Comment ça, elle avait du tabac entre les dents ? Elle passa lentement la langue dessus pour les nettoyer, mortifiée. Heureusement qu’il lui avait promis plus tôt que toute cette petite escapade resterait vraiment entre eux. Avec une attention quasi religieuse, elle écouta ses explications, sourcils froncés et bouche retenant à grand peine une grimace de dégoût. Il ne l’avait même pas laissé allumer la cigarette elle-même, et c’était la seule partie amusante ! L’idée de garder de la fumée dans sa gorge lui semblait affreuse et puis, quel était l’intérêt si c’était pour la cracher ensuite ? Auntant le faire directement, non ? Cracher ! Non, vraiment, fumer était dégoûtant. « Mais je suis sorcière, justement. » Faible tentative d’humour. « Evidemment. » Elle ne bavait pas plus qu’elle ne crachait ! Elle tombait des nues sur toutes les étapes peu ragoûtantes nécessitées par l’opération. Quand Ian fumait, ça semblait facile, fluide et nonchalant. Elégant. Ca ne sentait certes pas bon, mais ça n’était pas si… sale. Elle n’aurait pas continué si la lueur moqueuse dans le regard de son ami n’avait pas aiguillonné son amour propre. Elle se morigéna intérieurement, et accepta l’offrande avec précaution : sans doute que partager une cigarette n’était pas plus sale que de partager un verre. C’était juste de la salive. Les gens devaient bien plus se baver dessus quand ils s’embrassaient, et personne ne pensait aux microbes dans ces moments-là. Quoique… Elle était finalement assez contente de ne pas avoir eu le temps d’échanger ses microbes avec Peter.

Okay. Tenant la cigarette comme si elle risquait de la mordre (chat échaudé craignait l’eau froide), elle la porta à sa bouche et suivit scrupuleusement les instructions de Ian. Aspirer, mais pas trop. Au moins, cette fois-ci, elle ne mangeait pas du tabac en même temps. C’était vrai que c’était moins pire, même avec la fumée qui lui brûlait un peu la gorge. Suivant toujours soigneusement les étapes prescrites, elle éloigna la cigarette de sa bouche et recracha la fumée. « Comme ça ? » Mouais. Elle prit une deuxième petite bouffée, expérimentalement. Pour le goût de la transgression. Leva le nez, en quête de Puck, qui n’était toujours redescendu depuis qu’elle l’avait expédié de son épaule en toussant, puis voulu de nouveau regarder Ian. « Woah, ça tourne. » Elle vacilla quelques secondes sur ses pieds, encore une fois un peu trop proche du feu, et opta finalement pour s’asseoir en tailleur à ses pieds plutôt que de risquer de tomber dedans. Ce n’était pas vraiment désagréable, mais elle se sentait un peu… bizarre. « Tu ne m’avais pas dit que ça faisait comme de l’alcool. Non, attends… Comme un philtre calmant, un peu. » L’alcool la rendait stupidement volubile. La sensation actuelle était différente. Plus cotonneuse.


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J'ai tendu des cordes de clocher à clocher, des chaînes d'or d'étoile à étoile [Ian]
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